Quel cycliste amateur ne s'est jamais senti grisé en empruntant un jour la route d'une étape du Tour de France ? Quel coureur du dimanche n'a jamais rêvé d'être applaudi par la foule pendant son effort ? Cette vie de champion par procuration, une poignée de privilégiés devrait y goûter le temps d'une course, dans tout juste cinq ans. Comme le marathon, l'épreuve de cyclisme sur route des JO de Paris 2024 sera ouverte au grand public. L'annonce n'est pas encore officielle, mais elle devrait intervenir avant la fin de l'année, indique le Comité d'organisation des Jeux (Cojo), en discussion avancée avec les fédérations française (FFC) et internationale de cyclisme (UCI), ainsi que le CIO, grand ordonnateur des Jeux.
En clair, une épreuve parallèle réservée à M. et Mme Tout le monde sera organisée sur le même tracé que celui sur lequel Alaphilippe, Valverde ou Sagan viseront la médaille d'or. Pas en même temps, évidemment, mais dans la foulée, ce qui permettra aux heureux élus de goûter, le temps d'une course, à la liesse olympique. "L'ambition, c'est d'avoir 2024 participants, détaille à L'Express Michel Callot, président de la FFC. C'est plus compliqué à organiser qu'un marathon parce que l'épreuve est plus longue, la sécurisation du parcours demande des moyens. Cet événement de masse doit faire résonner sur le territoire l'attractivité du vélo."
Jeux participatifs
A la veille de la journée olympique, dimanche 24 juin, voilà donc posées les bases des Jeux "participatifs, inclusifs, ouverts, selon les termes employés par les VRP de l'événement. L'idée émane directement de Tony Estanguet. Pour que ces Jeux soient "révolutionnaires", le triple champion olympique de canoë, désormais patron du Cojo, s'est dit qu'il fallait pousser les spectateurs dans l'arène. En termes d'image, le bénéfice est évident: selon un sondage Ifop* de février, 76% des Français considèrent l'ouverture des épreuves à tous comme une "bonne chose".

A l'occasion de la journée olympique, le 23 juin 2019, la place de la Concorde à Paris sera transformée en vaste terrain multi-sport.
© / Comité d'organisation des Jeux de Paris 2024
Même certains "anti-JO" reconnaissent les bienfaits de la démarche. Du moins, en partie. "S'il y a une plus grande participation, c'est très bien", admet Frédéric Viale, membre du collectif Non aux JO 2024 à Paris. Néanmoins, cette bonne idée reste, à ses yeux, un "cache-sexe". Une stratégie de communication qui vise à susciter l'adhésion du public pour un événement synonyme, selon lui, de gabegie financière, problèmes écologiques et sport spectacle. "Les Jeux étaient un peu trop devenus un sujet d'infrastructures. Il y avait un champ [à exploiter]", admet d'ailleurs un membre du Cojo, lassé par ces attaques récurrentes.
D'autres épreuves virtuelles, sur home-trainer
Dans l'équipe dirigeante, on préfère vanter le "projet de société" de Paris 2024, axé sur la pratique du sport pour tous ou du sport santé. "Chaque personne qui se met au sport représente une victoire. C'est le moteur de notre engagement", clamait récemment Tony Estanguet. Pour lui, pas question de livrer un événement classique, pendant quinze jours. Dans ce cas, le bilan au mois de septembre 2024, sera mitigé. "On veut aller plus loin et laisser un héritage fort en mettant plus de sport dans la vie des gens, poursuit un collaborateur. Ça, on veut le faire dès maintenant."
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D'où l'idée de créer aujourd'hui des épreuves qualificatives pour les courses à venir. Les 46 premiers dossards du marathon (24 à Paris, 22 en régions) seront attribués ce dimanche. La suite ? Elle reste à inventer. D'autres sports comme le tennis ou le triathlon pourraient suivre ce schéma participatif. "Ça fait l'objet de discussions avec chaque fédération", indique le Cojo. Des tournois familiaux en marge des épreuves olympiques pourraient voir le jour. Ou encore des épreuves virtuelles, de sport connecté sur home-trainer, faciles à mettre en place pour l'aviron et le cyclisme sur piste, par exemple. Voilà pour les pratiquants.
Supporters VIP et influenceurs
Quant aux participants, ils seront réunis au sein d'une communauté "20.24" (le nom officiel n'est pas arrêté) savamment marketée, qui doit voir le jour à la rentrée. Elle englobera tous les "volontaires" - ces bénévoles, chargés de l'accueil du public, des athlètes ou des médias durant les JO - ou les porteurs de la flamme, dont le parcours n'est pas arrêté. Des clubs de supporters privilégiés devraient aussi être structurés. Chargés de créer une ambiance sur les sites, ils y auront un accès VIP, pour suivre au plus près les exploits des athlètes. Mais aussi après les compétitions en profitant de l'ouverture des stades, sur le modèle des journées du patrimoine. L'expérience avait été testée avec succès en octobre dernier, lors des derniers Jeux de la Jeunesse, à Buenos Aires. Enfin, un cercle d'influenceurs et de "reporters" sera lancé. Leur rôle: abreuver les réseaux sociaux d'images et de vidéos des Jeux pour faire "vivre l'expérience Paris 2024." Tout un programme.
* Enquête réalisée en ligne (du 20 au 21 février 2019) pour le comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, menée auprès d'un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
