A trop regarder Mickey, on en a oublié les élus locaux. Réticents à l'idée que le barnum de la Formule 1 débarque dans leur jardin, ils protestaient depuis plusieurs mois contre ce projet de circuit. Qu'importe. A la Fédération française du sport automobile (FFSA), on disait encore le mois dernier que le seul projet à pouvoir être prêt en 2010 était celui de Val d'Europe. L'idée d'un Grand Prix à Disneyland a semble-t-il aveuglé la "Fédé" qui a sous-estimé le pouvoir de nuisance des élus.
Mercredi, Lagardère a finalement annoncé qu'il renonçait à promouvoir un Grand Prix proche du parc d'attraction. Le retrait du projet favori de Bernie Ecclestone, argentier de la F1, ne met pas fin à l'idée d'une course en France qui viendrait remplacer celle de Magny-Cours. En tout cas chez les candidats français. Du côté d'Ecclestone, pas sûr qu'il accepte un autre projet que celui qu'il portait dans son coeur.
Mais avant que le patron de la F1 balaie d'un geste le dossier choisi par la FFSA, les cinq candidats encore en lice veulent y croire maintenant que l'ogre "Disneyland" s'est retiré. En coulisse, les travaux se poursuivent et chacun aimerait bien rallier Lagardère à son idée. Pourquoi? Pour l'argent, bien sûr.
Organiser un Grand Prix coûte cher et le groupe est le seul en France à pouvoir allonger la monnaie. On parle également d'Amaury Sport Organisation (ASO), mais la proposition semble fantaisiste. Préoccupés par les ventes de L'Equipe (qu'ASO détient) et concentrés sur le lancement en janvier prochain du Dakar nouvelle formule en Amérique du Sud, on voit mal le groupe partir dans une telle aventure. D'autant que l'épreuve française se disputerait en juin, quelques jours avant le début du Tour de France, vaisseau-amiral d'ASO. Deux fronts à couvrir, c'est trop.
Lagardère et le conseil général des Yvelines discutent sérieusement
Le magot de Lagardère est donc convoité par les postulants à l'organisation du Grand Prix de France. Sur la première ligne, deux dossiers et deux stratégies. D'un côté, Sarcelles (Val d'Oise) et son projet Val de France, de l'autre . Dans le premier cas, on a choisi de communiquer. Au lendemain de l'annonce du retrait du projet "Disneyland", les organisateurs publient un communiqué proposant "au groupe Lagardère de (les) rejoindre pour travailler ensemble à la réalisation de (leur) projet complet et audacieux". Malgré cet appel, François Pupponi, député-maire PS de Sarcelles, explique qu'aucun contact direct n'a été pris avec la multinationale: "Nous n'avons pas réellement besoin d'eux. Nous avons notre projet, le mieux desservi par les transports avec l'aéroport de Roissy. C'est une vision ambitieuse, nous allons au-delà du simple circuit. Maintenant, c'est un choix politique: quel aménagement du territoire veut-on ?".
Dans le second cas, côté Yvelines, selon nos informations, des rencontres Lagardère - conseil général auraient été organisées ces derniers jours. L'entourage de Pierre Bédier, président de la collectivité, ne souhaite pas communiquer sur ce sujet et affirme se concentrer sur l'essentiel: la poursuite du projet. Chez Lagardère, on confirme "des" rencontres, sans préciser auprès de quelle équipe. Pour le groupe, dans ce genre de situation, tout le monde parle. Une chose est sûre: la situation ne devrait pas tarder à se décanter. On parle de semaines. Tout cela pourrait même être réglé dans quelques jours.
C'est dans l'intérêt de la France si elle veut sauver son épreuve. Le temps ne joue pas en sa faveur et les nombreuses hésitations de ces derniers mois diminuent les chances de revoir un jour les monoplaces sur le sol français.