L'enthousiasme était japonais. Comme la vitesse, la volonté de jouer, d'attaquer à tout-va dans les positions extrêmes: beaucoup de folie rouge, trop de timidité blanche, cette victoire française promise facile, a failli tourner au calvaire samedi. La première moitié de la seconde mi-temps a révélé les insuffisances tricolores, un mélange d'imprécisions, de fautes inutiles et de résignation, dont le début du match avait déjà donné quelques indices. Il n'y avait qu'à entendre les mots de l'entraîneur, premier responsable et premier critique de ces longues minutes erratiques. "A l'heure de jeu, on a pu craindre une défaite," confie à la fin de la rencontre Marc Lièvremont, qui ne ressentait "même pas du soulagement". Et promettait en filigrane un sévère rappel à l'ordre dans le secret du vestiaire.
Les Bleus, rhabillés en blanc pour l'occasion, pourront toujours se retrancher derrière une victoire finalement large (47-21) et le bonus dû aux six essais marqués. Ils ont cinq points comme les ogres néo-zélandais. Il y a pire début de coupe du monde; souvenons-nous de 2007 et de l'entame perdue contre l'Argentine, le péril national décrété. Rien de cela au stade de North Harbour, sur une pelouse magnifique. La mêlée française a malmené l'adversaire japonais, sans que cela ne soit une surprise. L'équipe entraînée par le Néo-zélandais John Kirwan souffre toujours d'un déficit de puissance dans les phases statiques. Et les Français ont fini en trombe, comme s'ils étaient soudain conscients qu'il fallait à tout prix se racheter, ou du moins rassurer les quelques supporteurs à la mine tristement tricolore dans les tribunes du stade.
Pas sûr que cela suffise à entretenir des espoirs de grandeur, au moins dans l'immédiat. Parmi les maux du XV de France, quelques-uns sont presqu'aussi vieux que le maillot tricolore, et en tout cas que la coupe du monde. Depuis 1987, les Bleus ont pris l'habitude de démarrer au ralenti. Parfois pour le meilleur, comme en 1999 (finale perdue contre l'Australie), parfois pour le pire, comme en 2007 dans l'édition jouée à domicile (élimination par l'Angleterre en demi-finale). A croire que deux mois et demi de préparation intensive ne suffiront jamais à bâtir une cohésion qui ne peut exister que sur le terrain, lorsque la compétition commence pour de vrai.
Mais il ne faut pas pour autant négliger les défauts de l'heure. Outre l'étrange passivité stigmatisée par Lièvremont lui-même et l'incapacité de répéter les combinaisons effectuée à l'entraînement, l'équipe de France s'est signalé par une coupable tendance aux fautes de main: des en-avant, des maladresses forcément coupables à ce niveau. Elle a aussi manqué d'audace et d'originalité dans la construction du jeu. Dimitri Yachvili, le demi de mêlée, s'est longtemps obstiné à jouer dans le même sens, rendant les attaques françaises prévisibles pour la défense tricolore. A la fin de la partie, grâce à la rentrée salutaire de Morgan Parra au poste inhabituel de demi d'ouverture et à l'essoufflement de l'adversaire japonais, quelques renversements de jeu bien sentis ont redonné de l'allant. Et permis de marquer à nouveau des essais.
Au coup de sifflet final, les joueurs n'avaient l'air qu'à moitié satisfait, pas dupes de leurs faiblesses. Face à l'équipe de rugby du Canada, dimanche 18 septembre, l'équipe de France sera confrontée à un autre casse-tête, celui d'un puissant jeu d'avants. Une dernière répétition avant le sommet de ce premier tour, le match contre les All Blacks qui ont pour caractéristique de rassembler le meilleur du Canada et du Japon...
