La plus inattendue, la plus inespérée, la plus imméritée peut-être... Mais dans un mois, dans un an qui s'en souviendra? Le XV de France est en finale de la coupe du monde! Ces Bleus en lambeaux, ces Bleus harassés par la furia rouge de Gallois ère Renaissance, seront dimanche prochain à l'Eden Park d'Auckland pour conquérir le trophée suprême, comme leurs lointains frères d'armes de 1987 et 1999. Et pendant une semaine encore, ils vont pouvoir rêver. Se réveiller chaque matin dans la fraîcheur du printemps austral en pensant qu'ils seront les premiers champions du monde de l'histoire du rugby français, que, eux ne rateront pas la dernière marche comme la bande à Berbizier (1987) ou à Dominici (1999).

Et tant pis si l'accouchement a été pénible ce samedi, tant pis s'il a fallu défendre encore et toujours en priant le ciel que l'inspiration galloise ne trouve pas la faille au milieu de ces Français flageolants. Car même à 14, ces gars-là étaient des monstres de courage et d'engagement physique, comme si la cryogénie polonaise les avait transformés en surhommes. Dans le froid intense, les diables rouges sont allés se chercher une âme. Ils sont revenus de ce stage de préparation un peu spécial, avec des corps de coureurs inépuisables et des coeurs de guerriers en version coupe du monde.

Huit jours pour se préparer

Dans ce match étrange paralysé par les peurs françaises, il y eut bien sûr ce moment-clé de la 18e minute. Pour avoir oublié qu'en rugby la cathédrale n'est pas une oeuvre d'art architectural, mais un plaquage dangereux, Sam Warburton a laissé sa troupe orpheline de son capitaine et de l'un des meilleurs troisièmes lignes du tournoi. Sa faute, sa très grande faute, sur l'ailier Vincent Clerc lui a valu une expulsion immédiate, et a contraint les Gallois à jouer contre leur nature offensive. Il n'était plus possible d'ouvrir à tout-va, sous peine d'épuisement et de contre-attaques mortelles de Français en surnombre. Quand on y ajoute la défaillance du buteur James Hook comparée à la réussite impeccable de Morgan Parra...

C'était donc aux Bleus d'ouvrir les vannes. A profiter de ce don du sort, de cette supériorité numérique résonnant déjà comme une promesse de finale, une heure avant le coup de sifflet de l'arbitre. Est-ce cette perspective heureuse qui les a faits trembler? Qui sait? Il faudrait sonder les reins et les coeurs, s'immiscer dans les secrets du vestiaire. Il n'empêche qu'ils sont devenus aussi timides que des rosières le jour de leur consécration! Maxime Médard, champion présumé de la relance offensive, s'est révélé sous le jour inattendu d'un artiste effréné de la chandelle. Vincent Clerc, le recordman des essais marqués dans la compétition n'a eu que son courage de plaqueur à faire valoir. Le brio du finisseur était tombé dans les oubliettes.

"Ce n'est pas le rugby qui nous a qualifiés, commentait un Dimitri Yachvili lucide à la fin du match, mais la solidarité, l'état d'esprit". Contre le Pays de Galles, le XV de France a parfois ressemblé au cauchemar de l'humiliante défaite contre les Tonga. A la différence majeure près, qu'il n'a jamais relâché son ardeur défensive. Et a commis peu de fautes. A coup sûr, cela ne suffira pas à faire des champions du monde. C'est tout juste un début. Les Français disposent de huit jours pour se préparer à jouer, à accepter le défi sudiste du ballon qui court ou vole aux quatre coins du terrain. Après, il sera trop tard.