L'Ecosse? Ce devrait être une formalité. Une sorte d'entrée en douceur dans la magie du Tournoi, preuve statistique à l'appui. Les joueurs des Highlands n'ont plus gagné à Paris depuis 1999, date de leur dernière victoire dans la compétition. Et les Bleus, malgré leurs confrontations catastrophes contre les équipes de l'hémisphère sud (Afrique du Sud, Argentine, Australie), restent sur un grand chelem.

Mais, il y a longtemps, pour ainsi dire une éternité ovale, que les amateurs de rugby savent que les chiffres n'existent que pour être contestés. Que plus qu'ailleurs, la foi dans le jeu peut renverser les montagnes, surtout lorsqu'elles sont minées de l'intérieur.

Les Ecossais ont pour eux leurs progrès affichés en cinq matches consécutifs victorieux. Au sommet de ce palmarès aux airs de renaissance, une victoire contre l'Afrique du sud (21-17), championne du monde en titre, au mois de novembre; elle suffit à redonner confiance à un groupe que son entraîneur anglais, Andy Robinson a fait progresser. Toujours aussi épris de jeu et de vitesse d'exécution, les Ecossais disposent désormais d'un pack solide: il pourrait notamment inquièter les Français dans les touches et dans la mobilité.

Marc Lièvremont peut s'inquièter. Il s'inquiète. Sonné par le spectacle affligeant offert par ses troupes contre l'Australie (défaite 59-16, le 27 novembre au stade de France), le sélectionneur, bien qu'ancien troisième ligne, est monté en première ligne. Il dirige lui-même les entraînements, alors qu'il avait jusque là laissé à ses adjoints Didier Retière (avants) et Emile N'Tamack (trois-quarts) le soin de préparer les joueurs. Il s'est aussi adjugé le monopole des micros, répondant, seul, aux questions des journalistes. Quitte à se montrer un peu nerveux face aux critiques qui enflent...

Depuis son entrée en fonction, il y a trois ans, Marc Lièvremont a utilisé beaucoup de joueurs (plus de 80), et fait beaucoup de promesses de jeu. Elles n'ont que trop rarement été tenues. Puissance du pack, défense efficace: c'est avec ces armes rudimentaires que le Grand chelem 2010, a été gagné. Mais les Bleus sont toujours en panne d'idées offensives, et trois-quart centre dans le XV de France est devenu synonyme d'emploi intérimaire.

Le défi est donc double pour le sélectionneur: vaincre et convaincre. S'il ne parvenait ni à l'un ni à l'autre, la question de son maintien à la tête du navire bleu serait à nouveau posée. Même si à sept mois de l'ouverture de la coupe du monde en Nouvelle-Zélande, le renvoi du coach serait un véritable tremblement de terre.