C'est la plus grande fuite de données dans l'histoire du sport. Depuis le 2 décembre, l'enquête "Football Leaks", menée par un consortium de douze médias européens, révèle les systèmes d'évasion fiscale mis en place par certaines stars du ballon rond. Face à ces révélations, le parquet national financier a annoncé ce mardi qu'il avait ouvert une enquête préliminaire dès le 12 décembre, pour "blanchiment de fraudes fiscales aggravées". Pour Jean-Marc Toublanc, secrétaire général duParquet national financier, cette procédure va permettre de mener des investigations.

Pourquoi avoir décidé d'ouvrir cette enquête?

Jean-Marc Toublanc: Nous suivons le même processus que pour l'affaire dite des "Panama Papers". Lorsque ce scandale mondial avait été révélé par plus d'une centaine de médias le 3 avril, nous avions ouvert dès le lendemain une enquête judiciaire. Notre démarche est identique pour les "Football Leaks". Ces documents nous apparaissent très sérieux et nous estimons qu'ils peuvent nous aider à identifier des infractions pénales et des cas de fraude fiscale.

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Ouvrir une enquête nous permet tout d'abord d'entrer en contact avec l'administration fiscale, qui a peut-être déjà identifié des personnes faisant l'objet d'un contrôle fiscal ou en voie de régularisation. Des investigations vont également être menées.

Avez-vous déjà des soupçons sur certains joueurs ou entraîneurs?

Bien sûr, mais il nous est impossible de révéler des noms à ce stade de l'enquête. Nous ciblons des résidents fiscaux français. Des Français qui évoluent dans un championnat français peuvent donc être concernés, des étrangers jouant en France ou des Français présents dans des clubs étrangers.

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Par exemple, un joueur français peut évoluer en Angleterre, en Espagne ou en Italie, mais toucher une partie de ses revenus sur le territoire français, comme ses droits à l'image ou différents revenus publicitaires. Ce n'est pas la nationalité du joueur qui compte, mais notamment le lieu de son activité professionnelle.

Le joueur argentin du PSG Javier Pastore a été épinglé par les "Football Leaks". Ici lors du Trophée des champions à Klagenfurt, le 6 août 2016.

Le joueur argentin du PSG Javier Pastore a été épinglé par les "Football Leaks". Ici lors du Trophée des champions à Klagenfurt, le 6 août 2016.

© / afp.com/BORIS HORVAT

Que risquent les joueurs ou entraîneurs reconnus coupables d'évasion fiscale?

S'il s'agit de fraude fiscale aggravée ou de blanchiment de fraude fiscale aggravée et que les faits ont été réalisés grâce à des sociétés établies à l'étranger, ils peuvent encourir jusqu'à sept ans de prison et deux millions d'euros d'amende. Il faut toutefois avoir en tête que chaque cas est différent et qu'il s'agit ici de la peine maximale encourue. Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre du Budget qui avait des comptes cachés à l'étranger, a par exemple été condamné le 8 décembre à trois ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment.

Quand espérez-vous avoir des résultats concrets?

Les investigations prendront plusieurs semaines. Dans le cadre des "Panama Papers", nous espérons pouvoir poursuivre des personnes en justice en 2017. Pour les "Football Leaks", l'enquête nécessitera plusieurs mois.