Ancien coureur amateur, Antoine Vayer a été durant 3 ans l'entraîneur de l'équipe Festina (1995-1998). Très impliqué dans la lutte contre le dopage, il s'est engagé dans un mouvement appelé "Change Cycling Now" aux côtés de Greg LeMond, Eric Boyer (ex-Cofidis) et Jonathan Vaughters (Garmin). Il a également écrit des chroniques pour de nombreux quotidiens (Le Monde, Libération, L'Humanité) avant de lancer, cette année, son magazine Tous dopés? La preuve par 21.
Pensez-vous comme Lance Armstrong, qu'on ne peut pas gagner le Tour de France sans se doper?
Je pense qu'on peut faire le Tour de France à l'eau, mais à l'heure actuelle, le gagner ainsi me paraît compliqué. Il faut essayer, même si c'est quelque chose qui n'a probablement jamais été fait. De tous les anciens vainqueurs que j'ai interrogés, seul Greg Le Mond assure avoir le sentiment d'avoir gagné le Tour sans se doper (il a toutefois admis avoir reçu des injections de fer, légales à l'époque, ndlr).
Dans La preuve par 21, vous développez votre théorie sur la puissance que produise les coureurs a baissé depuis 20 ans...
J'ai vu des coureurs gorgés d'EPO mesurer leur taux d'hématocrite, constater être à 53% (la limite est fixée à 50%) et sortir rouler 200 bornes dans la joie pour remétaboliser des choses qui aurait du être des déchets au niveau musculaire et provoquer des douleurs. L'oxygénation du sang transformait un gros entraînement en une balade. A l'époque d'Indurain, personne n'avait de stigmates ou de masques de souffrance en montagne. On disait même qu'ils respiraient par les oreilles! Aujourd'hui, paradoxalement, les performances régressent, alors que la logique et les moyens actuels veulent que les résultats sportifs progressent. On retrouve des puissances observées du temps de LeMond. Peu de coureurs se risquent encore à prendre de l'EPO.
Assiste-t-on à un changement d'ère?
Je l'espère. Quand on aura fini de tuer le dopage, on aura des sportifs et non des pharmacies. Les grands vainqueurs du Tour depuis le début des années 1990, ce sont les médecins. Le chemin est encore long. Quand on regarde les engagés de cette 100e édition, certains ne sont pas préparés pareil et bénéficient encore d'ordonnances pour utiliser des corticoïdes... En Australie, on prône la tolérance zéro et les encadrements ont été nettoyés. Ce n'est pas le cas en France. On doit créer une Commission vérité et réconciliation où ceux qui se sont dopés expliquent avec qui, comment et pourquoi. Il faut tuer le dopage même si c'est parfois violent. La lutte anti-dopage, c'est une guerre.
Des coureurs se sont amaigris tout en conservant la puissance qu'ils avaient avant leur fonte. Faut-il y voir une nouvelle forme de dopage?
La réalité, c'est que des produits indétectables tournent sur le marché. Ces produits permettent aux muscles de se contracter plus longtemps. La puissance est moindre, mais on peut la maintenir plus longtemps. On se moquait de Rasmussen (Danois de la Rabobank exclu du Tour de France en 2007 alors qu'il était maillot jaune, ndlr) que l'on surnommait "Chicken" car il "n'avait pas de mollets", mais les morphotypes actuels s'en rapprochent. Les coureurs expliquent que c'est à cause de leur génotype... On n'est pas au bout de nos peines.
