"Ce n'est pas ce monde-là que j'ai envie que mes enfants voient". Blaise Matuidi, champion du monde français et joueur de la Juventus Turin, est révolté par ce qui s'est passé à Cagliari, en Sardaigne, mardi dernier. Son coéquipier Moise Kean, né de parents Ivoiriens, et lui ont été la cible de cris de singe au moment de la victoire de leur club.
"Ce sont des gens stupides qui n'ont rien à faire dans un stade et doivent être punis, ne plus jamais venir dans un stade", a estimé Blaise Matuidi dans un entretien diffusé dimanche sur Canal+. "C'est triste, ça m'est [déjà] arrivé l'année dernière dans ce stade et on ne peut pas le tolérer", a commenté le joueur de la Juventus dans le Canal Football Club.
"On ne peut plus entendre ça"
"Je ne pouvais pas me calmer, je n'avais pas envie d'ignorer ça, il faut le combattre en fait, on ne peut plus entendre ça, il faut avoir du courage", a ajouté le champion du monde. "J'ai eu l'impression que l'arbitre ne prenait pas la bonne décision [arrêter le match] mais après j'ai eu une discussion avec l'arbitre, qui a été ouvert : il n'avait pas compris", a poursuivi le milieu de 31 ans, arrivé en Italie à l'été 2017.
Le club sarde a présenté des excuses à Blaise Matuidi. Mais cette fois, dans un curieux renversement de responsabilités, c'est le comportement de Moise Kean qui a été stigmatisé, certains y voyant une justification à celui des tifosi. L'entraîneur de Cagliari, Rolando Maran, a ainsi jugé que la célébration du jeune attaquant - immobile, silencieux et bras écartés devant une tribune - était "peut-être un peu exagérée" et avait "créé des tensions". Son président Tommaso Giulini a lui estimé que Kean "avait fait une erreur". "Il a 19 ans, ça se comprend", a-t-il ajouté, disant avoir "surtout entendu des sifflets".
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Plus surprenant, Leonardo Bonucci, propre coéquipier de Kean à la Juventus, a estimé que "la faute" était "partagée à 50-50". "Moise n'aurait pas dû faire ça et le virage n'aurait pas dû réagir comme ça", a déclaré le défenseur, qui a même adressé un geste d'excuses en direction des supporters sardes après avoir éloigné Kean.
Dans la soirée de mercredi, le défenseur turinois a fini par "préciser sa pensée" sur son compte Instagram, expliquant avoir parlé "de façon manifestement trop hâtive". "Je condamne toute forme de racisme et de discrimination. Certains comportements ne sont jamais justifiables et sur ce point, il ne peut y avoir de malentendus", a ajouté Leonardo Bonucci.
Sanction pour le club sarde ?
Ce phénomène reste récurrent en Italie, où de nombreux acteurs du monde du football tendent à le minimiser. Ainsi, au lendemain des faits, les deux joueurs turinois n'avaient pas reçu beaucoup d'appuis provenant d'Italie. Rien par exemple du côté de la fédération ou de la Ligue italienne. Quant aux médias sportifs, ils sont passés rapidement sur l'incident, le Corriere dello Sport relevant "quelques buu isolés" et reprochant à Kean son défi à la Curva, alors que la Gazzetta dello Sport a compté "plus de sifflets que de buu".
En attendant, Cagliari risque une sanction. En décembre, l'Inter Milan avait été punie de deux matches à huis clos après des cris racistes à l'encontre du défenseur sénégalais de Naples Kalidou Koulibaly. Mais cette sanction sévère est plus l'exception que la norme. Le plus souvent, les clubs s'en tirent avec une amende ou des huis clos avec sursis.
L'an dernier, Cagliari n'avait pas été sanctionné pour les chants racistes de certains de ses fans à l'intention de Blaise Matuidi. Un bref rapport de la Commission de discipline de la Serie A soulignait qu'"aucune preuve n'a été trouvée sur les expressions déplorables de discrimination raciale dont Blaise Matuidi rapporte qu'il a fait l'objet". Ajoutant : "Aucune sanction ne peut être envisagée car ces expressions n'ont pas été entendues par l'arbitre du match, les représentants de la fédération italienne (FIGC), ou consignées dans le rapport du match."
