Lorsque Michael Cheika en a pris les rênes, fin octobre 2014, l'équipe d'Australie était un champ de ruines. La situation était même aux antipodes d'une équipe capable de se retrouver en finale de Coupe du monde contre les All Blacks, comme ce samedi
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Le sélectionneur Ewen McKenzie venait de démissionner pour une prétendue relation extra-conjugale avec la responsable commerciale de la fédération australienne. Celle-ci avait par ailleurs été la cible d'un SMS insultant de Kurtley Beale, joueur connu pour diverses frasques alcoolisées. L'ambiance était intenable entre McKenzie et ses hommes, régulièrement épinglés pour des soirées trop arrosées, alors que les résultat sportifs n'étaient pas au rendez-vous.
Le choix décisif: Michael Cheika
Pour éteindre l'incendie, la fédération australienne a réquisitionné le meilleur du moment, en lui laissant les coudées franches. Ancien entraîneur du Stade Français, Michael Cheika venait juste de remporter le Super 15 avec les Waratahs de Sydney. Il obtient très vite des joueurs qu'ils se responsabilisent dans leur comportement et leurs objectifs. Adieu, depuis, bagarres et excès en soirées. Les défaites contre l'Irlande, l'Angleterre et la France, en novembre 2014, ont par ailleurs permis d'y voir clair dans son plan de bataille pour le Mondial.

Michael Cheika supervise une séance d'entraînement des Wallabies à Twickenham, le 2 octobre 2015.
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Larkham, le maître des combinaisons
Légende du rugby australien et coach estimé des Brumbies, Stephen Larkham avait décliné en novembre l'invitation de Cheika, de s'occuper des lignes arrières. Il s'est ravisé lorsque le projet australien pour le Mondial s'est mis en oeuvre début 2015. Les Wallabies lui doivent les excellentes combinaisons qui ont fait mouche pour percer les défenses anglaises et argentines. "Je pense que la chose la plus importante que l'on ait apportée à cette équipe, c'est plus de structure de jeu", a-t-il confirmé. Son travail est le parfait complément de la base pragmatique imposée par Cheika.

Stephen Larkham à Teddington, dans l'ouest de Londres, le 27 octobre 2015.
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Les fondamentaux à la Ledesma
Depuis l'arrivée de Cheika, la mêlée australienne n'apparaît plus comme un point faible. La réussite en revient à l'Argentin Mario Ledesma, embarqué dans une mission Coupe du monde après une pige probante aux Waratahs. "On n'était pas très au point pour les mêlées, les mauls, les choses comme ça, et il est en train de changer la perception des gens, grâce à nos performances", s'est enthousiasmé le sélectionneur après la victoire sur l'Angleterre. Jamais l'Australie n'avait été si solide sur les fondamentaux.
Une 3e ligne révolutionnaire
Comment choisir entre deux des meilleurs 7 au monde? Cheika a décidé d'aligner ensemble les flankers de métier Michael Hooper et David Pocock, probablement les deux plus impressionnants plaqueurs-gratteurs du moment. En 3e ligne centre, malgré son gabarit et un manque de puissance par rapport aux canons du poste, Pocock fait des merveilles et continue de régner en maître dans les rucks. Leur association, baptisée "Pooper" par la presse anglo-saxonne, a été décisive en défense pour battre 27-19 les All Blacks 8 août dernier à Sydney, après quatre années sans victoires.
Les retours décisifs de Giteau et Mitchell
Cheika voulait absolument Matt Giteau, génial centre du RC Toulon. La fédération a consenti pour la première fois à ouvrir les Wallabies à des éléments évoluant à l'étranger, à la seule condition qu'ils aient joué au moins sept saisons sous contrat avec une franchise australienne et comptent plus de 60 sélections. Bingo. Giteau s'est immédiatement imposé comme le chef d'orchestre de l'attaque "aussie". La mesure a également permis le retour d'un autre Toulonnais, Drew Mitchell, auteur d'une course folle amenant l'essai de la victoire d'Ashley-Cooper contre l'Argentine. Une victoire contre les All Blacks samedi ne s'obtiendra pas sans eux.

Drew Mitchell et Matt Giteau, en conférence de presse, à Bath, le 16 septembre 2015.
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