Prendre conscience de ses responsabilités
Habitué à se préparer seul, à être focalisé sur sa propre performance, Teddy Riner va soudainement endosser une responsabilité collective. Pour la première fois, le judoka incarnera "les valeurs de la France, précise Tony Estanguet qui défilait en tête de cortège en 2008. Etre à la tête de 395 athlètes ce n'est pas rien. J'ai appris ça sur le tas à Pékin et ça nous dépasse un petit peu. C'est un rôle sublime. C'est sûr que c'est une contrainte en plus." De son côté, Riner reconnaît qu'une petite appréhension l'habite depuis l'élection. Le colosse souhaite être un capitaine d'équipe exemplaire. Pour cela, il promet d'être "à l'écoute." Les 394 autres athlètes de la délégation peuvent l'appeler à tout moment.
LIRE AUSSI >> Teddy Riner: "Je veux donner l'image d'une France qui n'a pas peur"

la délégation française et son porte-drapeau: Tony Estanguet.
© / L'Express
Profiter de l'événement
Les anciens porte-drapeaux sont unanimes. Ce tour de piste est le plus intense de toute leur vie. Il est capital pour Riner de "vivre cette expérience le plus intensément possible", souffle Angelo Parisi, chef de file aux Jeux de 1984. "Pour moi, c'est encore mieux que d'être médaille d'or aux Jeux (en judo, lui aussi). On représente 65 millions d'habitants. On ne peut pas expliquer ce qu'on ressent", poursuit le retraité, désormais installé en Italie à 120km au sud de Rome. Tony Estanguet a lui aussi les yeux qui pétillent à l'évocation de ce souvenir: "ça reste une émotion très forte que je n'avais jamais vécue, même en gagnant des titres", assure le triple champion olympique de canoë.
Anticiper la fatigue
En soi, porter un drapeau de deux ou trois kilos ne devrait pas poser de problème à Riner, habitué à soulever des barres un peu plus lourdes en salle de muscu. Mais physiquement, une cérémonie d'ouverture pompe tout de même de l'énergie. "C'est un peu fatigant émotionnellement il y a beaucoup de symbolique derrière", indique Estanguet. Pour 3 ou 4 minutes de défilé, les athlètes passent aussi près de 3 heures en "salle d'attente". Laura Flessel, porte-drapeau à Londres, se souvient du moment précédant l'entrée dans l'arène, où tous les athlètes sont réunis dans un stade annexe: "On attend, à part. On est hydratés, on a nos bas de contention. On s'économise. Et on se lève juste à l'appel des nations. Après, on se rassoit", explique l'ancienne escrimeuse. C'est aussi dans ce moment d'attente que la délégation lance des "battles" d'hymnes avec les autres nations. Autant dire que les Jeux commencent vraiment à cet instant.

L'escrimeuse Laura Flessel porte-drapeau de la délégation française lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Londres, le 27 juillet 2012
© / afp.com/FRANCK FIFE
Porter le drapeau à deux mains
Il n'y a pas de recommandation officielle en la matière. Mais la tradition veut qu'on soutienne le drapeau à deux mains, posé sur un baudrier. "Je ne veux pas être le gars qui ne sait pas le tenir. Je veux que ce soit beau à voir. On m'a dit de ne pas l'agiter, mais moi, j'ai envie de l'agiter!", indique déjà Riner. Il y a huit ans, Estanguet se souvient d'un porteur hongrois qui agitait son drapeau bras tendu. "Je me disais que si je faisais ça, je choperais une crampe! Non, je conseille à Teddy d'alterner. De le porter main droite, main gauche." Et évidemment, un petit geste de la main pour les caméras.
Marcher lentement
La finalité est double. D'abord, cela permet de profiter un peu plus longtemps du moment. Et cela évite de semer ses camarades. "C'est simple, il faut battre le record du monde du 400m le plus lent de l'histoire, conseille Estanguet. Ce n'est pas facile parce qu'il y a 250 bénévoles qui vous disent: 'Allez, plus vite, plus vite!' Et vous vous n'avez qu'une envie, c'est de ralentir le groupe". David Douillet aurait aussi glissé le même conseil à son successeur. "Il m'a dit: 'prends ton temps parce que ça va super vite." Un vrai défi quand on mesure 2,03m et qu'on marche habituellement à pas-de-géant.

David Douillet et Teddy Riner, après le sacre de ce dernier aux JO de Londres, le 3 août 2012
© / afp.com/Emmanuel Dunand
