C'est l'heure du premier bilan. La ministre déléguée à l'Egalité femmes-hommes, Elisabeth Moreno, a réuni ce jeudi les représentants des onze groupes de travail du Grenelle des violences conjugales, initié à la rentrée dernière par sa prédécesseuse, Marlène Schiappa.
Dans une conférence de presse, les associations de défense des droits des femmes ont, dans la matinée, partagé un avis plutôt contrasté sur les avancées réalisées. Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, dresse un constat "en demi-teinte". "Un tiers des mesures demandées sont faites, un tiers sont en cours (mais parfois loin d'être réalisées), et un tiers ne sont même pas initiées", énumère-t-elle. Selon l'entourage d'Elisabeth Moreno, pourtant, parmi les 46 mesures annoncées à l'époque, "17 ont été réalisées, 23 sont dans un état avancé, et six sont en construction".
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Anne-Cécile Mailfert dénonce en particulier le manque "d'instance chargée de faire un suivi de l'efficacité". Un point sur lequel le gouvernement souhaite en effet évoluer en mettant en place un "comité" qui se réunira "toutes les six semaines", comme l'a annoncé le cabinet de la ministre déléguée mercredi.
S'appuyant sur le rapport des sénateurs Arnaud Bazin (LR) et Eric Bocquet (PCF), les associations déplorent plus largement le manque de moyens alloués à la lutte contre les violences faites aux femmes. "360 millions d'euros : à vingt millions d'euros près, quand on les compare à 2019, ce sont les mêmes. Il y a une légère augmentation, mais sûrement pas dans les proportions évoquées dans la communication de la ministre", avait notamment indiqué Arnaud Bazin, cité par Public Sénat, à la sortie du rapport.
Saisie des armes, bracelet anti-rapprochement : des avancées notoires
Annie Guilberteau, du Centre national d'information sur les droits des femmes et des familles (CNIDFF), a égrené plusieurs décisions fortes prises après le Grenelle. Parmi elles, la saisie des armes des conjoints en cas de dépôt de plainte, annoncée en novembre dernier. "Pas une moindre histoire". Mais encore l'interdiction de recourir à la médiation pénale, qui, selon elle, "mettait face à face deux personnes qui n'ont pas le même statut : une victime et un agresseur".
Les associations saluent aussi l'inscription du suicide forcé dans le code pénal, tout comme l'adoption du bracelet anti-rapprochement, qui doit être généralisé dans l'année. Cette mesure de sécurité suscite beaucoup d'attentes, puisqu'il permet de géolocaliser et maintenir à distance les conjoints et ex-conjoints violents par le déclenchement d'un signal, avec un périmètre d'éloignement fixé par un juge. Mille premiers bracelets devraient être disponibles dans les cinq juridictions test (Bobigny, Pontoise, Aix-en-Provence, Angoulême et Douai) "dans les prochaines semaines", avant une généralisation du dispositif "fin 2020-début 2021", d'après le gouvernement.
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La Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), souligne également l'importance de l'élargissement des conditions d'accès au téléphone grave danger, ou encore la prise en compte des cyberviolences, par la reconnaissance de l'envoi réitéré de messages. La suspension de l'autorité parentale est, de la même manière, à ranger au rang des satisfactions pour les associations.
Des efforts réalisés sur la question de l'hébergement
La Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), salue pour sa part les efforts réalisés dans la création de places d'hébergements pour les femmes victimes de violence. L'État va en effet créer 1000 places d'hébergement supplémentaires qui s'ajoutent aux 1000 déjà prévues dans le cadre du Grenelle, a indiqué mercredi Jean Castex lors d'une visite à la Maison des femmes de Saint-Denis.
En dépit de ces annonces, le directeur de l'association constate toutefois une saturation du numéro d'urgence sociale, le 115, "particulièrement pour les femmes victimes de violence". Et appelle à "une rénovation des centres d'accueil".
3919, éducation à la sexualité... Les pistes d'amélioration
À l'image de la FNSF, nombreux sont ceux qui évoquent le retard dans la mise en place du 3919, en raison de la crise sanitaire. Surtout : le numéro n'est toujours pas disponible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, comme l'avait promis Marlène Schiappa, alors secrétaire d'Etat à l'égalité femmes/hommes.
Le Covid a contribué à minorer le nombre de victimes réelles, estime l'Union des familles de féminicides, par la voix de Sandrine Bouchait. "Les victimes étant coincées avec leur bourreau, il y a eu moins de ruptures". Et donc, moins de passages à l'acte. Laissant à penser que ce fléau était en recul.
Pour Caroline Rebhi, membre du bureau national du Planning familial, les femmes "ont toujours du mal à être crues dans les hôpitaux, les commissariats". Elle a évoqué un retard dans l'éducation à la sexualité. "La sécurité est une chose, mais en amont il faut aussi faire de la prévention, justifie-t-elle, interpeller des élèves dans une cour de récréation qui ont des propos sexistes, ce n'est pas faire de l'éducation à la sexualité."
Un bilan détaillé et de nouvelles annonces pourraient intervenir le 25 novembre, à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes.
