Le bilan est terrible. Trois gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené dans un hameau isolé près de Saint-Just (Puy-de-Dôme) dans la nuit de mardi à mercredi. Il s'agit du plus tragique événement de l'année impliquant les forces de l'ordre. Le point sur les faits.
Que s'est-il passé ?
Le drame a débuté entre 20h52 et 22h30. C'est une amie d'une femme menacée par son compagnon à Saint-Just qui a sonné l'alerte, évoquant des "coups portés au visage" a précisé ce mercredi soir le procureur de la République de Clermont-Ferrand Eric Maillaud. La gendarmerie est envoyée sur place. Le Peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) arrive ensuite en renfort. Deux gendarmes ont été visés par des tirs après avoir tenté de s'approcher de la maison où la femme menacée s'était réfugiée. L'un des militaires est décédé des suites de ses blessures tandis que le deuxième, blessé à la cuisse, a été transporté par les pompiers vers le centre hospitalier d'Ambert. "Le petit espace du gilet pare-balles qu'il portait l'a empêché de mourir", a indiqué le procureur.
Après ces premiers tirs, le forcené a mis le feu à sa maison. Des gendarmes présents aux abords de l'habitation et cherchant à savoir si les pompiers pouvaient s'engager pour éteindre l'incendie ont à leur tour été visés. L'homme, retranché chez lui, a alors fait deux nouveaux morts parmi les militaires, a confirmé le parquet de Clermont-Ferrand. Eric Maillaud décrit "une véritable scène de guerre, avec des centaines de douilles, une maison incendiée.
Les pompiers n'ont pu s'approcher des deux victimes qu'après plusieurs dizaines de minutes, le temps de sécuriser le périmètre. Appelé sur les lieux du drame, le Samu n'a rien pu faire pour les réanimer. Le GIGN est arrivé sur place vers 02h30, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Il a été renforcé par des éléments venus de Dijon. Le lieu du drame, situé dans une zone de moyenne montagne, est particulièrement isolé. Le village de Saint-Just ne compte que 157 habitants.
Comment le forcené est-il mort ?
Le forcené est parvenu ensuite à prendre la fuite à bord d'un 4x4. Mais un kilomètre après, son véhicule est rentré en collision avec un arbre. A l'intérieur, les gendarmes retrouvent un fusil d'assaut. Le forcené est retrouvé mort avec "une arme Glock dans la main" et quatre couteaux attachés à sa ceinture.
"Au regard des éléments de l'autopsie, on a tous les éléments pour penser que l'individu s'est suicidé", a déclaré Eric Maillaud. Quelque 300 militaires, dont un escadron de gendarmerie mobile, ainsi que des brigades cynophiles et un hélicoptère avaient été déployés dans la nuit pour tenter d'appréhender le suspect.
Le suspect était-il connu des services de police ?
Le suspect était connu pour des incidents liés à des problèmes de garde d'enfant. Eric Maillaud a indiqué "qu'à sa connaissance, aucun antécédent connu de violences conjugales. Le couple n'est pas connu pour des mains courantes de quelque nature". L'homme "était un tireur amateur". "Il était lourdement armé et avait un fusil et deux pistolets chez lui", selon une source proche du dossier.
Selon Maddy Scheureur, porte-parole de la gendarmerie nationale, interrogé par franceinfo, "il était extrêmement déterminé. C'est assez rare d'ouvrir le feu de cette manière sur les gendarmes". "Frédéric Limol suit une formation d'élagueur, a un passé court d'ancien militaire, en tout cas de formation militaire. C'est un homme né en juin 1972", a détaillé Eric Maillaud. Le forcené est également décrit comme "un survivaliste persuadé de la fin du monde prochaine".
Qui sont les gendarmes tués ?
Les victimes sont le brigadier Arno Mavel (21 ans), le lieutenant Cyrille Morel (45 ans) et l'adjudant Rémi Dupuis (37 ans), a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. Arno Mavel, le plus jeune gendarme, est le premier à être intervenu sur place. Il faisait partie du PSIG (peloton de surveillance et d'intervention) d'Ambert. D'après La Montagne, il avait intégré la gendarmerie il y a deux ans.
Le lieutenant Cyrille Morel était à la tête de la compagnie d'Ambert depuis 2017. L'adjudant Rémi Dupuis était enquêteur judiciaire de la communauté de brigades d'Ambert. Il était également membre du Groupe Montagne du département, précise La Montagne.
Quelles ont été les réactions politiques ?
Devant la gendarmerie d'Ambert, où de premiers bouquets avaient été déposés, Gérald Darmanin s'est refusé à revenir "sur les circonstances particulièrement ignobles" de ce drame, après la saisine du procureur de la République. "Informé toute la nuit" par son ministre, le président Emmanuel Macron a rapidement rendu hommage aux trois gendarmes tués. "Nos héros", a-t-il dit.
"Ils intervenaient pour secourir une femme victime de violences conjugales dans le Puy-de-Dôme, trois gendarmes ont été tués, un quatrième blessé. La Nation s'associe à la douleur des familles. Pour nous protéger, nos forces agissent au péril de leur vie. Ce sont nos héros", déclare le chef d'État dans un tweet.
Le Premier ministre Jean Castex a également salué la mémoire des trois militaires, en soulignant que ce drame "endeuill(ait) le pays tout entier". "Je partage la douleur de leurs proches et de leurs frères d'armes et les assure de mon indéfectible soutien", a-t-il ajouté.
