Ils entendent dénoncer les dégradations des conditions de travail et obtenir des revalorisations salariales comparables à l'inflation... Les salariés de la RATP seront en grève, ce jeudi 10 novembre, avec comme objectif : "Zéro métro, zéro RER". Mais alors que la situation sociale se tend, de nombreux usagers des transports parisiens se demandent déjà si la grève n'a pas commencé il y a plusieurs semaines, tant la circulation des métros et bus semble diminuée. Au moment où l'ancien Premier ministre, Jean Castex, est auditionné par l'Assemblée nationale et le Sénat ces mardi et mercredi, afin de devenir le prochain patron de la RATP, la situation au sein du seul exploitant des transports en commun de Paris et de sa banlieue apparaît, comme le dit la formule, "fortement perturbée".
En ce début de mois de novembre, 26% des bus prévus ne circulent pas dans Paris. Un chiffre qui provoque la colère de la région Ile-de-France. Sa présidente, Valérie Pécresse, a sommé la RATP de s'expliquer sur ce constat, qui provoque "la colère des voyageurs". Parmi les justifications à un problème dont l'entreprise se dit "consciente", est mentionné le déficit de chauffeurs. Il en manquerait aujourd'hui 400 pour assurer le service complet. Un constat qui n'est pas nouveau puisque la Cour des comptes signalait, en janvier 2021, de "réelles difficultés de recrutements sur les métiers d'opérateurs". Pour faciliter le recrutement, la région Ile-de-France a promis une prime de 2 000 euros aux demandeurs d'emploi qui suivraient une formation pour devenir conducteur. Elle va aussi ouvrir un CAP dédié à ce métier, jusque-là réservé aux personnes de plus de 25 ans. Mais ce manque de personnel ne peut pas tout expliquer, et c'est aussi vers les salariés en poste qu'il faut se tourner pour comprendre l'ensemble du problème.
Absentéisme et grèves de 59 minutes
D'abord, la région Ile-de-France remarque "un essor de l'absentéisme", devenu trop important pour ne pas être suspect. En effet, Valérie Pécresse notifie "500 arrêts de travail frauduleux", dont 130 devraient mener au licenciement des personnes concernées. Ajouté à cela les 300 agents en isolement du fait de leur vulnérabilité au Covid-19 qui n'ont pas été réintégrés, et ce sont déjà 800 conducteurs employés qui manquent à l'appel. Il faut aussi mentionner cette tendance à "la grève de 59 minutes", plébiscitée par les salariés. Elle a le double avantage de ne pas trop faire baisser le salaire tout en désorganisant considérablement le trafic.
Sous terre, la situation n'est pas meilleure. Les voyageurs s'entassent sur les quais du métro, attendant désespérément l'arrivée d'une rame, parfois pendant près de dix minutes. Là aussi, la RATP évoque un manque de conducteurs, environ une centaine. De plus, le service de certaines lignes n'est assuré qu'à 80%. Selon Le Parisien, "seules quatre lignes de métro, les 7,9,13 et 14 sont aujourd'hui à 100% de leurs capacités". Une offre réduite née de la situation sanitaire et d'une volonté de faire des économies. Ce dispositif de limitation des rames a été prolongé le 11 octobre 2021 par le conseil d'administration d'Ile-de-France Mobilités, l'autorité régulatrice des transports, empêchant le retour au niveau de service de 2019. Ce dimanche, Valérie Pécresse a pourtant demandé à la RATP de "revenir à 100% de l'offre avant Covid". Une nécessité, quand on sait que le passe navigo, actuellement à 75 euros par mois, devrait dépasser les 90 euros en 2023 en raison de la hausse du prix de l'énergie.
Le manque de conducteurs et la mauvaise relation entre les salariés et la direction n'incitent pourtant pas à croire à un retour rapide à la normale. Dans Le Figaro, Pascal Auzannet, ancien dirigeant d'une des plus importantes filiales de la RATP, se souvient "du management brutal" de Catherine Guillouard, nommée à la tête de la Régie en 2017, et de son obsession pour "la maximisation des profits". Mais la RATP n'est pas la seule à être pointée du doigt. C'est aussi le cas de la région. Ce mardi, dans un communiqué, les groupes d'opposition de gauche de l'Assemblée nationale ont saisi la Défenseure des droits pour qu'elle se penche sur la situation des transports publics, dont la dégradation est le résultat, selon eux, de "plusieurs décisions prises par Ile-de-France Mobilités et sa présidente, Valérie Pécresse".
