Avec le Covid-19, le télétravail s'est installé dans la fonction publique. Mais il reste bien moins pratiqué qu'en entreprise. C'est l'une des conclusions du deuxième baromètre Wimi-Ipsos du Travail ouvert, dont les résultats sont publiés ce mardi. Cette enquête a été réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 1000 actifs, dont 500 agents du service public et 500 salariés du privé. Le baromètre interroge notamment la pratique du télétravail, sa mise en place logistique et ses conséquences sur les mobilités ou les rapports hiérarchiques.

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Première conclusion : il y a un "avant" et un "après" la crise du Covid-19. Seuls 22% des agents publics interrogés déclarent qu'ils pratiquaient déjà le télétravail, au moins occasionnellement, avant le confinement de mars 2020. Aujourd'hui, ils sont 42% à télétravailler au moins occasionnellement (plus de deux jours par semaine).

58% des agents publics ne télétravaillent jamais

Ils sont toutefois deux fois moins nombreux que dans le privé, et ce en dépit d'une pratique perçue comme positive. Ainsi 76% des agents interrogés estiment que le télétravail leur fait gagner du temps, 71% qu'il les épanouit dans leur vie personnelle et 67% qu'il les rend professionnelle. Au total, 70% des fonctionnaires souhaiteraient télétravailler régulièrement.

Ils sont pourtant 58% à ne jamais le faire, contre 42% des salariés du privé. Car "l'Etat ne montre pas encore l'exemple et ne semble pas avoir les moyens de ses ambitions" concernant le télétravail, constatent les auteurs de l'étude. Les agents eux-mêmes estiment que le secteur public est en retard par rapport au privé en matière de télétravail, à 69%. Il y a toutefois une amélioration par rapport à l'an dernier : en 2020, ils étaient 75% à observer ce retard.

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Alors, d'où vient ce décalage ? Les agents du public estiment à 48% qu'il s'agit d'un problème d'équipement, et d'un manque de confiance de la part de leurs supérieurs. 42% d'entre eux pensent également qu'il y a un enjeu "culturel" dans ce retard : le télétravail n'est pas encore ancré dans les mentalités. Des soucis d'organisation, et un manque de moyens financiers sont aussi cités comme des freins possibles, dans une moindre mesure. A noter que tous ces éléments semblent moins freiner le télétravail dans le privé.

Culture du présentéisme

L'étude souligne également une "culture du présentéisme", dans le public comme dans le privé : 68% des agents publics estiment que "les gens restent au bureau pour montrer qu'ils travaillent" (ils étaient 65% en 2020) et 57% pensent que les travailleurs à distance sont des "planqués" qui veulent être "à l'abri des regards" (contre 53% en 2020).

Le 13 juillet 2021 a été signé un accord permettant aux agents de la fonction publique de demander jusqu'à trois jours de télétravail par semaine. Le baromètre Wimi-Ipsos du Travail ouvert s'est intéressé à l'application de cet accord. Et si son principe est approuvé à 80% par les professionnels interrogés, seuls 8% d'entre eux travaillent à distance plus de deux jours par semaine (contre 16%) dans le privé. L'accord de juillet reste d'ailleurs méconnu chez une partie des fonctionnaires : 64% des agents de l'Etat en ont connaissance, mais seulement 43% des agents de la fonction publique territoriale, et 37% de ceux de la fonction publique hospitalière.

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Ce n'est d'ailleurs pas la seule disparité entre les versants de la fonction publique. Celle d'Etat est globalement en avance sur les deux autres, tant dans la fréquence du télétravail que dans les outils mis à disposition aux agents.

La fonction publique hospitalière à la traîne

Et "le diagnostic est particulièrement sévère dans la fonction publique hospitalière", constate l'enquête. 63% des agents hospitaliers estiment que leur organisation n'a pas déployé les bons outils pour développer le télétravail depuis mars 2020, contre 44% dans la fonction publique territoriale et 29% dans la fonction publique d'Etat. "En première ligne depuis bientôt deux ans pour lutter contre la pandémie, les agents de la fonction publique hospitalière se sentent clairement défavorisés par rapport aux deux autres fonctions publiques"

Pour Antoine Duboscq, président et fondateur de Wimi, le développement du télétravail dans la fonction publique "est une révolution encore inaboutie". Afin de la poursuivre, il faudra donc équiper les agents, surtout ceux des fonctions publiques hospitalières et territoriales, "adresser le risque de cybersécurité" et "mettre en oeuvre les fondements du travail ouvert".