"Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage / Que nous puissions donner de notre dignité / Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge / Et vient mourir... strié de potage déversé." Oui, nous avons pris la liberté de réécrire les huit dernières syllabes des Phares, célèbre poème de Baudelaire, qui, en 11 strophes sublimes, rend hommage au génie de la peinture - de Rubens à Delacroix en passant par Rembrandt et Goya. Charles Baudelaire y exaltait le témoignage de la dignité humaine. Certains militants y voient, eux, l'occasion de faire causer.

Depuis quelques semaines, le happening sur chef-d'oeuvre est devenu le Graal pour certains activistes, qui, se mettant en scène en train de vandaliser Les Tournesols de Van Gogh, Les Meules de Monet ou La Jeune Fille à la perle de Vermeer, se sont assuré les faveurs des algorithmes, et l'attention des médias. Par chance, les chefs-d'oeuvre ainsi aspergés étaient tous protégés par des vitres. Les dégâts furent donc mineurs, voire inexistants. Dès lors, la question se pose : une fois passée l'émotion (recherchée) par la provoc, la méthode est-elle, finalement, efficace ? Il est plus que permis d'en douter.

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Si ces militants parviennent en effet à faire parler, leur geste si commenté est de nature à freiner la nécessaire prise de conscience écologiste plutôt qu'à l'accélérer. Profaner ainsi quelque chose de si populaire - une fierté, un héritage, qui n'a rien à voir avec les causes du réchauffement climatique - ne peut que renforcer le camp des anti-écologie, en dissuadant, notamment, des hésitants par pelletées. Car enfin : en dehors de certains cercles urbains ultra-éduqués, où l'on aime à disserter sur les degrés de la radicalité, le crachat sur Van Gogh n'est pas une attitude très valorisée.

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Mais ces activistes ne le voient pas. Victimes d'un entre-soi militant. Et aveuglés par la détestation de tout ce qui est produit par l'humain. Quand elle instruit le procès systématique de l'homme prométhéen, c'est-à-dire de l'être qui s'émancipe de la nature, l'écologie fait fausse route. L'urgence absolue qu'il y a à mettre en place des mesures bien plus radicales que nous n'en prenons aujourd'hui mérite mieux que cette philosophie à l'emporte-pièce.

Une partie du combat écologiste est en train de déboucher sur une forme de nihilisme, voire d'obscurantisme light. "Je préfère des femmes qui jettent des sorts à des hommes qui construisent des EPR", avait un jour confié Sandrine Rousseau à Charlie Hebdo. Elle avait tort. Même quand on considère l'objectif de décarboner la planète, elle avait tort.