Civitas a-t-il un objectif politique?

Oui, et il est très clair : il s'agit de passer par les municipales, d'obtenir des élus. La Fraternité Saint Pie X les y encourage. De Civitas au Printemps Français en passant par les groupuscules qui gravitent dans l'orbite des catholiques identitaires, tous ces mouvements épars ne sont pas à sous-estimer.

Je pense qu'ils sont un peu le produit de la défiance actuelle envers les formations politiques et les élites. Mais ce n'est pas pour cela que ces groupes vont eux-mêmes créer d'autres partis.

La droite ultra, c'est avant tout une grande force de frappe sur le net, constatez-vous...

Je ne connais en effet aucun mouvement politique qui soit aussi présent sur le net que les catholiques identitaires. Je découvre chaque jour de nouveaux sites. Le plus suivi : le Salon Beige, qui reprend des articles publiés ailleurs, dans Présent ou Minute ; le Rouge et le Noir, rédigé par de jeunes étudiants en lettres.

Béatrice Bourges, la présidente du Printemps Français, n'existe quasi que sur internet, au travers d'une foule de groupuscules, tels les Antigones ou les Hommen.

Ces noyaux n'ont pas d'organisation structurée mais font preuve d'un activisme très professionnel. Civitas et les autres savent parfaitement utiliser les réseaux sociaux, ce qui leur permet de se reprendre les uns les autres sans entretenir de contact particulier.

Civitas est souvent associé aux catholiques intégristes de la Fraternité Saint Pie X ...

A juste titre. Si les autres groupes fonctionnent de façon autonome, Civitas entretient, lui, des liens étroits avec la Fraternité, ce dont il ne se cache d'ailleurs pas.

L'association a été créée en 1999 mais a vraiment pris son envol avec l'arrivée du belge Alain Escada au poste de secrétaire général, en 2009. Il a transformé la formation en un mouvement "commando" en lançant des opérations concrètes et très bien planifiées dès 2011 ...

Donc bien avant la mobilisation contre le Mariage pour tous ?

Absolument ! Il y a eu les protestations contre la pièce Golgotha Picnic, ou contre l'exposition de l'oeuvre Piss Christ, au Musée d'art moderne d'Avignon - une photo montrant un crucifix plongé dans un verre d'urine. (Ndlr : le mouvement Le Renouveau français avait défonçé la photo à coups de marteau).

Les membres de Civitas citent beaucoup Antonio Gramsci et notamment son concept d'"hégémonie culturelle', qui veut que l'on prenne le pouvoir politique par le combat idéologique, mais ils l'ont très mal lu et le réduisent à de la manipulation politique.

C'est à partir de cette époque qu'Alain Escada met en avant le thème du blasphème et de la christianophobie, qui n'existaient que très peu dans le débat public jusque là.