La cité cénomane est née bien dotée. Porte d'entrée sur tout l'ouest de la France, à la croisée de plusieurs axes de circulation, jouxtant une rivière navigable, elle jouit depuis toujours d'une situation géographique stratégique. Un atout dont elle a su tirer sa force, jusqu'à aujourd'hui.
Occupé dès le néolithique, le site du Vieux-Mans correspondrait à l'emplacement d'un oppidum celtique, émergeant des vallées de la Sarthe et du ruisseau d'Isaac. Pour autant, c'est à l'époque romaine que remonte la véritable genèse de la ville. De la volonté d'Auguste de découper le pays en civitas naît la capitale des Aulerques Cénomans, Vindunum. A partir de la fin du iiie siècle, premier changement radical: la ville est close par une imposante muraille. Mais, très vite, la population brisera cette gangue.
A l'époque médiévale, faubourgs, moulins et tanneries occupent les bords de la rivière. Les abbayes de la Couture et de Saint-Vincent, extra-muros, sont alors entourées de champs. Petits artisans d'un côté, clergé opulent de l'autre: un bâti civil modeste -des masures en bois et pisé- côtoie les fastes d'un patrimoine religieux en plein essor. Berceau de la dynastie Plantagenêt, la capitale du comté du Maine est rattachée au royaume de France en 1203. Commence alors une longue période de paix, propice à son développement. Un siècle plus tard, sa population dépasse les 5000 habitants -Paris en compte alors environ 100 000.
La guerre de Cent Ans porte un coup d'arrêt à cette expansion. A partir de 1448, la cité mancelle, ruinée, doit se reconstruire. Les maisons à pans de bois de la Grande-Rue ou de la place Saint-Pierre sont, de nos jours, les témoins de cette époque. Louis XI confère bientôt aux Manceaux le droit d'élire un maire et installe le premier hôtel de ville. Le Mans compte à cette date pas moins de 16 paroisses. Un cadre d'exception, déjà, qui en fait aujourd'hui un lieu de tournage pour de nombreux films historiques.
1. La cathédrale Saint-Julien
A l'époque carolingienne, l'évêque Aldric rénove la cathédrale d'Innocent et y transfère les reliques de saint Julien, depuis l'église du Pré. La christianisation du Maine s'accélère, jusqu'à l'édification d'une cathédrale romane, au milieu du XIe siècle. Le portail monumental, fortement inspiré de celui de Chartres, est construit à l'endroit où aboutit la Grande-Rue, l'axe principal de la cité des Plantagenêts, devenue alors un foyer artistique majeur. En 1217, nouveau chantier: le Capétien Philippe Auguste autorise le franchissement de l'enceinte romaine pour agrandir le choeur. C'est l'avènement de la cathédrale gothique, sous l'égide de maîtres architectes normands et parisiens. L'ampleur de l'abside, le double déambulatoire autour du choeur, la couronne de 13 chapelles rayonnantes, les voûtes en arc brisé en font un chef-d'oeuvre du genre, préfigurant un nouvel art de la construction, dont s'inspireront largement les moines bénédictins pour bâtir leurs abbayes.
2. La Maison-Dieu de Coëffort
Construite sur la route qui menait de la Couture à Pontlieue, la maison-Dieu de Coëffort, de l'extérieur, ne laisse rien présager de l'extraordinaire finesse des colonnes qui portent en son sein, jusqu'à 13 mètres de hauteur, des voûtes d'ogive d'une élégante sobriété. Fondée vers 1180 par Henri II, roi d'Angleterre, cette "salle des malades" accueillait aux portes de la ville pèlerins et impécunieux, soigneusement tenus à l'écart par souci de préserver les Manceaux d'épidémies par trop fréquentes. Son architecture, caractéristique du gothique de l'Ouest, de style Plantagenêt, n'a d'égale que celle, contemporaine, du musée Saint-Jean, à Angers. Propriété des lazaristes de la Mission au XVIIe siècle, le bâtiment sera tour à tour transformé en prison pour prêtres réfractaires à la Révolution, reconverti en caserne en 1810, avant de devenir l'église Sainte-Jeanne-d'Arc-de-Coëffort en 1951. Deux ans plus tard, des travaux mettront au jour le "trésor de Coëffort". Un exceptionnel ensemble d'orfèvrerie civile des xive et xve siècles, dont la découverte sera tenue secrète plus de vingt ans. Le nouveau musée d'Archéologie et d'Histoire du Maine, dont l'ouverture est prévue pour juin 2009, lui consacrera, pour la première fois dans sa totalité, un espace d'exposition au sein de ses collections permanentes.
3. La muraille gallo-romaine
A l'instar d'autres cités de l'Empire, le castrum romain fixe une fois pour toutes le noyau historique de la ville. Bâtie sous le règne de Dioclétien, l'enceinte enserre dans un périmètre de 1300 mètres un espace urbain correspondant à la butte de la ville, sur une surface de 9 hectares. Des remparts imposants, mais sans réel rôle défensif. "C'est avant tout la marque ostentatoire d'une volonté de reprise en main du pouvoir politique, dans une région où l'on n'a jamais vu les Germains", souligne Françoise Chaserant, conservatrice en chef des musées du Mans. Une construction qui n'en nécessita pas moins, sur une génération, l'arasement d'une importante superficie. Détruits pour permettre son passage, habitations privées et monuments ont ainsi fourni une partie des briques et moellons nécessaires à son édification. Ses parements décorés de frises géométriques et ses 11 tours encore visibles -ici, celle de la Madeleine- en font l'un des ensembles les mieux conservés de cette période. A noter qu'au XVIe siècle la muraille romaine, cachée par les constructions qui y sont adossées, n'est pas visible. La muraille représentée sur la carte (à gauche) est médiévale.