Le rapport de l'Observatoire des inégalités, publié mercredi 1er juin, s'empare de la question de la richesse, une notion souvent diffuse dans nos esprits. Ces travaux visent à répondre aux interrogations suivantes : qu'est-ce qu'être riche ? Combien de Français sont considérés comme "riches" ? Les riches deviennent-ils de plus en plus riches ?

Dans la deuxième édition de son "rapport sur les riches en France", qui vise à nourrir un "débat informé" sur ce sujet, l'Observatoire des inégalités commence par définir un "seuil de richesse", de la même manière que l'Insee définit un "seuil de pauvreté". En fixant ce seuil à deux fois le revenu médian - soit 3 673 euros par mois pour une personne seule, impôts déduits, ou 7 713 euros pour un couple avec deux enfants -, 4,5 millions de Français sont riches, soit 7,1% de la population, détaillent les auteurs du rapport, Anne Brunner et Louis Maurin.

Pour observer le graphique, cliquez ici.

LIRE AUSSI : Inégalités, classes moyennes, pauvreté... Les chiffres qui contredisent les clichés déclinistes

Cette définition en tête, intéressons-nous à la tendance : la part des Français pouvant être considérés comme "riches" a baissé de 8,6% à 7,1% entre 2010 et 2019 - 745 000 personnes de moins se situent au-dessus de notre seuil de richesse. Cela ne signifie pas que les plus aisés se sont appauvris mais que les inégalités ont légèrement reculé, d'après les calculs publiés mercredi par un organisme indépendant. La baisse de la proportion de ménages riches entre 2010 et 2019 s'explique notamment par les mesures fiscales décidées en 2011 et 2012, qui ont affecté les hauts revenus, et par les mesures en faveur des classes moyennes décidées en 2019 pour répondre à la colère des Gilets jaunes.

Les riches de plus en plus riches

Malgré tout, les riches sont "nettement plus riches qu'il y a 20 ans", a observé Louis Maurin. Entre 1999 et 2019, le niveau de vie annuel moyen des 10% les plus aisés, corrigé de l'inflation, a progressé de 9 100 euros, contre 3 300 euros pour les classes moyennes. Alors que le niveau de vie des 10% les plus riches avait baissé entre 2011 et 2013, il augmente de nouveau en 2018 sous l'effet des réformes fiscales d'Emmanuel Macron qui leur ont été favorables. A noter que les 10% les plus riches reçoivent 28% de l'ensemble des revenus, avant impôts.

Pour observer le graphique, cliquez ici.

Les membres du club des 1 % les plus riches restent les grands gagnants de ces mesures, qui font progresser de près de 3 % leurs revenus après impôts. Si l'on se focalise sur ces "ultra-riches"- dont le niveau de vie minimum est de 7180 euros mensuel - la tendance est à l'enrichissement. Le 1 % des salaires les plus élevés du privé continue sa progression. "Quant aux 500 plus grandes fortunes professionnelles, elles ont vu leur valeur multipliée par quatre en dix ans", ajoute l'Observatoire des inégalités.

Pour observer le graphique, cliquez ici.

En s'appuyant sur les données fournies par Eurostat, l'Observatoire des inégalités dresse un classement des pays en fonction du niveau de vie mensuel minimum pour appartenir à la caste des 1% les plus riches. La France arrive en quatrième position. Sur le podium : la Suisse (8 802 euros), l'Allemagne (7 194 euros) et la Norvège (6 562). A noter que la Suisse représente un cas particulier, puisqu'il concentre une quantité de richesse financière. Dans les pays européens les plus pauvres, comme en Roumanie et en Slovaquie, les seuils du 1% le plus riche sont de l'ordre de 2000 euros.

Pour observer le graphique, cliquez ici.

28% des individus les plus riches habitent en Ile-de-France

Par ailleurs, la richesse peut prendre plusieurs formes, comme le patrimoine : "4,5 millions de ménages possèdent plus du triple du patrimoine médian, notre seuil de richesse en termes de patrimoine, c'est-à-dire plus de 490 000 euros", estime l'Observatoire des inégalités. On apprend également que 16% des ménages français dépassent ce seuil de fortune et 4% des ménages sont millionnaires. Pour les 10% les plus fortunés, leur patrimoine minimum s'élève à 607 700 euros. Concernant les 1% des plus fortunés, le chiffre grimpe à 1 914 600. Par ailleurs, 82% des personnes les plus riches sont propriétaires de leur logement. Aussi, les 10% les plus fortunés disposent de 46% du patrimoine de l'ensemble des ménages.

Pour observer le graphique, cliquez ici.

Enfin, l'étude dresse le portrait-robot des personnes riches en France. Leur âge moyen est de 57 ans. Sur le plan géographique, 16% des individus les plus riches habitent à Paris ou dans les Hauts-de-Seine. Au total, 28% vivent en Ile-de-France. Concernant leur métier : 68% des ménages actifs fortunés sont cadres supérieurs, en professions libérales, artisans, commerçants ou chefs d'entreprise.

Mais les Français ne sont pas tous égaux sur le plan du patrimoine, puisque la part de l'héritage augmente ces dernières années. L'Observatoire des inégalités s'appuie sur l'ouvrage de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle (Seuil 2013) qui déclare que 67% du capital privé en 2010 est issu de l'héritage. Sans surprise, la richesse est quelque chose qui se transmet.