Dans un climat déjà en ébullition, l'Assemblée nationale reprend ses travaux, lundi 3 octobre, par un projet de loi contesté qui amorce une nouvelle réforme de l'assurance chômage. Cette dernière pourrait s'enclencher en deux temps : tout d'abord, elle prolongera les règles actuelles du système en vigueur, qui arrivent à échéance le 31 octobre, avant de lancer la possibilité, par décret, de le moduler afin qu'elle soit "plus stricte quand trop d'emplois sont non pourvus, plus généreuse quand le chômage est élevé", selon les mots d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle.
L'assurance chômage a longtemps été perçu comme le modèle le plus généreux en Europe, qu'en est-il désormais ? Sur le plan du montant de l'indemnité, la France ne fait pas partie des meilleurs élèves, selon les données compilées par l'Unédic comparant l'assurance chômage dans quinze pays d'Europe en 2022.
L'assurance-chômage en France assure 57% du salaire journalier de référence (SJR). Paris se situe à la traîne, devancée par le Portugal (65%) - qui tient compte de la situation familiale du chômeur - et la Norvège (62,4%). L'Hexagone se trouve loin derrière le Danemark, pays le plus généreux avec 90% du salaire de référence, le Luxembourg (80% du salaire de référence brut), la Suisse (70 ou 80%) ou encore les Pays-Bas (75%).
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Depuis le 1er décembre 2021, la dégressivité de l'allocation-chômage a été mise en place pour les plus hauts revenus et intervient à compter du 7e mois. Certains Etats ont fait le choix d'une allocation dégressive pour tous les demandeurs d'emploi, à l'instar de l'Espagne avec 70% du salaire de référence pendant les 180 premiers jours et 50% à partir du 181e jour. Idem pour l'Italie, qui prend en charge 75% du salaire de référence, avec moins de 3% chaque mois à partir du 6e mois et en Belgique où le taux est ramené de 65% à 60% au bout de trois mois, puis à 55% après un an.
Le Royaume-Uni, mauvais élève de l'assurance chômage
La France rafle la première place concernant le plafond, avec une allocation maximale de 7 816 euros par mois. Très peu de personnes sont concernées : selon l'Unédic, ils représentent seulement 0,05% des chômeurs indemnisés. En bas du classement, on retrouve l'Espagne (1 125 euros), l'Italie (1 360 euros) et le Portugal (1 108 euros).
Mention spéciale au Royaume-Uni et à l'Irlande où l'assurance chômage n'est pas fixée en fonction du salaire de référence. Peu importe sa profession, elle est la même pour tous. Ce forfait peut monter jusqu'à 800 euros en Irlande, 300 euros par mois chez nos voisins britanniques. Le régime britannique fait partie des plus sévères sur le volet de l'assurance chômage, mais ce système désavantageux au premier abord doit être mis en balance avec les autres aides spécifiques dont bénéficient les chômeurs britanniques (aides au logement, pour la garde d'enfants) et ils payent souvent moins d'impôts, souligne France Inter.
En dehors de la question de la rémunération, les conditions d'éligibilité au régime constituent un autre paramètre important. Depuis la réforme de 2019, portée par le président Emmanuel Macron, il faut désormais avoir travaillé six mois sur les deux dernières années et non plus quatre mois sur les 28 derniers au cours des 24 derniers mois (ou au cours des 36 derniers mois pour les salariés de 53 ans et plus). La France évolue désormais dans le ventre mou en termes d'éligibilité, depuis que ses conditions se sont rétrécies.
Nos voisins transalpins restent moins exigeants avec un accès à ces droits garanti au bout de "13 semaines de contributions au cours des 4 dernières années" ou encore l'Espagne avec 360 jours au cours des six dernières années. À noter que ces deux Etats connaissent des taux de chômage élevés avec respectivement 8,5% et 12,6%. Sans surprise, les Européens du Nord serrent davantage la vis : en Allemagne, il faut avoir travaillé douze mois au cours des 30 derniers mois, au Luxembourg 26 semaines au cours des 12 derniers mois, quant au Danemark, l'enveloppe d'indemnité est conditionnée à un revenu minimal de 33 186 euros au cours des trois dernières années.
Le Belgique, champion sur la durée d'indemnisation
Si l'accès à cette aide diffère d'un pays à l'autre, qu'en est-il de la durée d'indemnisation ? La France se maintient à l'intérieur de la fourchette haute, les demandeurs d'emploi peuvent toucher des allocations pendant deux ans et même trois ans s'ils sont âgés de plus de 55 ans. La durée maximale d'indemnisation est identique en Espagne, en Italie et au Danemark. Dans cette catégorie, certains pays offrent des politiques moins avantageuses : le Portugal (18 mois maximum), le Luxembourg (12 mois) l'Irlande (9 mois), la Suède (300 jours et 450 jours si enfants à charge). Cependant, l'Hexagone n'est pas le pays qui offre le plus de largesse aux chômeurs. Dans cette catégorie, le champion est la Belgique avec une durée d'indemnisation illimitée. De leur côté, les Pays-Bas offrent un moment de répit aux chômeurs pendant 38 mois.
Enfin, le paiement des cotisations chômages illustre bien la diversité des systèmes européens. En France, les salariés ne versent plus rien et le taux des contributions générales au régime d'assurance chômage est de 4,05%, à la charge des employeurs uniquement. À titre de comparaison, cette indemnité coûte moins cher aux employeurs en Allemagne (1,2% du brut), en Suède (2,64%) et en Italie (1,61%).
