Le pape François s'est donné trois jours et demi. Dans ce délai, il veut convaincre les chefs de l'Eglise catholique dans le monde de leur responsabilité individuelle face aux agressions sexuelles sur mineurs, à l'occasion d'un sommet qui débute ce jeudi au Vatican.
"Le peuple de Dieu nous regarde et attend de nous non pas de simples et évidentes condamnations, mais de préparer des mesures concrètes et efficaces", a déclaré le pape en ouverture du sommet, recommandant d'écouter "le cri des petits qui demandent justice".
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Le pape jésuite veut réveiller les consciences dans ses rangs avec une méthode collégiale éducative, faite de discours, de petits groupes linguistiques de travail, entrecoupés de prières mais aussi de quelques poignants témoignages de victimes du clergé. Et ces dernières, qui réclament un électrochoc, ont une liste d'exigences très précises.
Renvoyer immédiatement les agresseurs
"La tolérance zéro pour les abus sexuels perpétrés par des ecclésiastiques doit être inscrite par écrit dans la loi universelle de l'Eglise avant la fin de la réunion", demande une organisation de défense des victimes nommée Ending clerical abuse (ECA, Mettre fin aux abus), présente dans 17 pays. Pour elle, cette obligation doit s'appliquer à l'échelle mondiale.
Une deuxième association, Snap ("Survivors network of those abused by priests", pour réseau de survivants d'agressions sexuelles par des prêtres) exige également que les protecteurs des agresseurs soient traités avec la même sévérité. Il faut "renvoyer tout évêque ou cardinal impliqué dans la couverture d'agressions sexuelles du clergé", écrivent-ils. Cela doit aussi s'appliquer aux supérieurs d'ordres religieux et à toute personne ayant une responsabilité dans une église, précise ECA.
Définir l'agression sexuelle sur mineur
Les victimes déplorent l'absence de "définition claire", au sein de l'Eglise, de l'agression sexuelle sur mineur. Marie Collins, une victime irlandaise qui a siégé dans la commission anti-pédophilie du Vatican avant de démissionner avec fracas en 2017, critique "une vague loi canon parlant de 'délits contre le sixième commandement du décalogue'". Elle estime que définition plus précise est nécessaire pour aider les dirigeants de l'Eglise.
Mettre fin au secret
L'ECA plaide pour l'inscription des prêtres coupables d'avoir agressé des enfants dans "un registre public". L'organisation réclame aussi "une commission vérité indépendante au Vatican" rendant publiques des archives de l'Eglise, en commençant par celles du Saint-Siège.
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Snap propose également d'"obliger les évêques du monde entier à remettre leurs dossiers à la justice civile pour des enquêtes indépendantes sur leur gestion des cas d'agressions sexuelles du clergé". Et Marie Collins estime que "toute condamnation de membres de l'Eglise doit être rendue publique", en précisant bien la nature du crime et de la peine.
Ouvrir le débat sur le célibat
Des chercheurs d'universités allemandes veulent que soit étudiée la corrélation éventuelle du célibat des prêtres avec les agressions sexuelles que certains commettent. Le président de la conférence épiscopale allemande, Reinhard Marx, encourage aussi une discussion transparente et sans tabou sur le célibat.
La Commission d'enquête royale sur les réponses institutionnelles aux crimes de pédophilie en Australie a une proposition plus tranchée, et souhaite que le Vatican instaure un célibat volontaire et non plus obligatoire pour les prêtres.