Au moins 276 victimes, 77 affaires différentes, 28 disciplines sportives concernées... Le collectif de journalistes We report a publié mercredi une enquête édifiante sur la pédophilie dans le sport en France, des années 1970 à aujourd'hui.

Et un constat glaçant est à retenir : des "dysfonctionnements majeurs", à tous les niveaux, sont à déplorer dans ces affaires de pédophilie, dont la plupart des victimes "étaient âgées de moins de 15 ans au moment des faits", explique le collectif.

"Je ne pense pas (...) qu'il y ait lieu d'ouvrir une enquête"

Réalisée par Disclose, en partenariat avec plusieurs médias français - Mediapart, Rue89, L'Équipe, Le Télégramme, La Revue Dessinée, Envoyé Spécial, Brut et Binge - l'enquête évoque notamment un cas au club de natation de Clamart, où est licenciée la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

Dans cette affaire, un entraîneur est mis en examen depuis août 2017 après une plainte pour agression sexuelle sur mineure d'une ancienne nageuse du club, âgée de 14 ans au moment des faits présumés, et qui en a aujourd'hui 22.

La ministre a indiqué à Disclose ne pas avoir lancé d'enquête administrative : "Je ne pense pas, moi, en tant que parent, qu'il y a lieu aujourd'hui d'ouvrir une enquête sur ce club, je trouve qu'il fonctionne bien".

"Omerta"

Le ministère a ensuite précisé à Disclose et confirmé mercredi à l'AFP qu'une enquête administrative avait été lancée en 2018, avant la prise de fonction de Maracineanu au ministère, sur le club de Clamart "concernant des faits potentiels d'agressions sexuelles", en parallèle de l'enquête judiciaire contre l'entraîneur. Le ministère a ajouté que l'entraîneur faisait l'objet d'une interdiction d'exercer auprès des mineurs dès 2017.

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La ministre se veut en pointe sur ces questions de violences sexuelles dans le sport. En 2018, elle avait dénoncé "une omerta", deux mois après sa prise de fonction.

Récidives et vide juridique

Les auteurs de l'enquête dénoncent, dans les 77 affaires, de graves manquements à différents échelons - fédérations, clubs, collectivités locales, État, justice - et mettent en avant cinq types de défaillances, à commencer par le suivi judiciaire des délinquants sexuels.

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"D'après nos données, près d'une affaire d'infractions sexuelles sur deux est un cas de récidive", expliquent-ils, précisant se baser sur la "définition courante et non judiciaire" de la récidive.

Ils pointent notamment le "vide juridique et administratif source de sérieux problèmes de récidive" entourant les 3,5 millions de bénévoles dans le sport amateur, pour lesquels la vérification du casier judiciaire ou l'examen du Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles et violentes (Fijaisv) ne sont pas obligatoires.

Des agresseurs passant "sous le radar"

Autre donnée inquiétante: dans 59 des 77 affaires, "l'agresseur a soit poursuivi son activité malgré une procédure judiciaire en cours, soit retrouvé un poste dans le milieu sportif après une condamnation pour une infraction à caractère sexuel".

L'absence de signalement aux autorités concerne 18 affaires, comme le soutien à l'agresseur souvent accompagné "d'un mépris pour la parole des victimes, voire de tentatives d'intimidation", ou encore la négligence de signaux forts (dans neuf enquêtes) sont également mis en avant comme failles.

Enfin, Disclose souligne que la mobilité géographique des agresseurs d'une région ou d'un club à un autre leur permet de passer sous le radar. Un phénomène qui concerne un quart des 77 cas.