"C'est Romain qui a fait la demande. A la fin d'une longue randonnée en montagne, devant une grande cascade, il s'est mis à genoux...", se rappelle Bénédicte, 26 ans, désormais mariée depuis un peu plus d'un mois. Elle et son époux font partie de ces nombreux couples à s'être dit oui après la crise sanitaire et les confinements successifs. Plus de 300 000 cérémonies sont même attendues pour 2023. Un record, en comparaison avec les 218 000 unions célébrées en 2019. Simple question de calendrier ou réelle tendance de fond ?

Pour 97% des personnes interrogées par l'étude "Les Français et le mariage" (réalisée par faireparterie.fr*), l'amour et le désir de symboliser son union restent des raisons évidentes pour s'engager. "Il y avait une envie de franchir un cap, de rendre officiel un lien qui nous unissait déjà", résume Francesca, 30 ans, en évoquant son mariage en mai dernier. "C'est une célébration pleine de sens quand on est ensemble depuis longtemps", confirme Marianne, 29 ans, qui doit se marier le 20 août prochain avec Charles.

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Pour 37% des couples, la religion est également un motif important pour se marier. L'union est ainsi vue comme un rite de passage, un "sacrement pour suivre un chemin de foi", comme l'explique Bénédicte, qui ne s'imaginait pas vivre toute une vie sans bague au doigt. "Ça marche comme ça dans ma famille", poursuit-elle. Cette envie de reproduire la tradition familiale se retrouve chez beaucoup de couples ayant des convictions religieuses. "Le fait de ne pas se marier n'aurait pas eu d'impact négatif sur les relations avec nos proches, mais inconsciemment, on savait qu'il y avait une certaine attente de leur part", poursuit d'ailleurs la jeune femme. Au-delà de l'amour et de la religion, "il y a aussi des intérêts beaucoup plus concrets", souligne la sociologue Florence Maillochon, auteure de La passion du mariage (2016). 18% des sondés avouent en effet que les raisons fiscales et patrimoniales ont joué un rôle important dans leur décision. Charles ne s'en cache pas : "Je tiens vraiment à ce qu'une grande partie de ce que je possède revienne à Marianne et à nos enfants, si on en a."

On ne se marie pas pour appartenir à quelqu'un

Quelque 56% des personnes interrogées dans l'étude se disent justement motivées par l'envie de fonder une famille. Mais ce rapport entre mariage et famille évolue et répond à de nouveaux codes et usages, comme le démontrent les changements qui s'opèrent du côté du patronyme. Pour Charles, "il est essentiel que les enfants aient les deux noms pour marquer la continuité de la famille". Alors sa femme gardera son nom de jeune fille. Une volonté de s'affranchir d'une tradition qu'elle trouve désuète, voire "franchement patriarcale" : "Traditionnellement, une femme passe du joug de son père à celui de son époux en changeant de nom. Moi je n'y adhère pas, j'estime qu'on ne se marie pas pour appartenir à quelqu'un ou pour changer d'identité." Parfois, la tendance s'inverse et l'homme décide lui-même de changer de nom de famille. C'est le cas de Sylvain, 40 ans, qui compte prendre celui de sa future épouse "parce qu'on est libres de le faire". Porter celui de son mari est en effet une coutume qui n'a aucune existence légale. Y déroger est donc possible "mais cela mettra du temps à s'inscrire dans les mentalités", regrette la chercheuse Florence Maillochon.

Cérémonies personnalisées

En attendant, chacun tente donc à son échelle de se réapproprier les traditions du mariage. En réinventant parfois le format. Bien que la cérémonie religieuse demeure prédominante (en 2022, 36% des couples se sont dit oui à l'église), le mariage laïque continue sa progression dans la société française. Selon l'étude, on compte 18% d'unions laïques en 2022, contre 12% en 2021.

Pour cause, ce type de cérémonie, venu tout droit des Etats-Unis, offre beaucoup plus de liberté au couple. "Il s'agit de créer une cérémonie de A à Z dans laquelle les mariés racontent leur histoire", précise Malorie Tancrez, wedding planner. Un mot d'ordre : la personnalisation, avec, en creux, l'envie du couple de s'affirmer. "A l'église, on parle beaucoup d'amour mais cela reste très convenu alors que les jeunes souhaitent s'exprimer plus librement", note la sociologue Florence Maillochon. "Les valeurs portées par l'Eglise catholique ne me correspondent pas, je ne me retrouve pas dans le format très conventionnel et très normé, affirme ainsi Marianne. L'option laïque nous permet de tout choisir de bout en bout, y compris la personne qui anime, plutôt qu'un prêtre qu'on ne connaît pas." Pour son futur époux, Charles, le jour de son mariage est "vraiment le moment où on peut se permettre d'être égoïste".

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Un modèle flexible qui peut être agrémenté de rituels en fonction des tendances actuelles. Marianne et Charles ont opté pour "la capsule temporelle". Leurs proches déposeront un objet symbolique dans une boîte qui ne pourra être ouverte que dix ans plus tard, ou lors d'une crise particulière. "Ça signifie aussi qu'on a la ferme intention d'être toujours ensemble dans dix ans et de pouvoir l'ouvrir", déclare Marianne, qui a déniché cette pratique sur Internet. Lors du mariage de Francesca et Benjamin, en mai dernier, la famille proche avait pour mission de se faire passer les alliances de main en main avant qu'elles n'arrivent aux doigts des époux. "Sachant qu'on n'habite pas à côté, la famille de Benjamin en France et la mienne en Italie, c'était une façon de nouer une proximité", raconte Francesca.

"L'originalité a quand même des limites"

Malgré toutes leurs volontés de déroger aux règles, les couples qui souhaitent s'engager demeurent somme toute très traditionnels, selon Florence Maillochon. Tous choisissent de s'unir "comme ont pu le faire leurs parents, leurs grands-parents avant eux". Ils restent ainsi ancrés dans leurs connaissances, leur mode de vie et leurs certitudes. "Le mariage reste conventionnel par la forme, aussi personnalisé soit-il, souligne la chercheuse. Certaines valeurs traditionnelles et communes subsistent toujours : la division des sexes, la famille... L'originalité a quand même des limites."

Originaux ou non, les mariages ont également en commun la possibilité d'aboutir... à un divorce. D'après l'Ined, c'est le cas dans environ 45% des unions. En moyenne chaque année, on dénombre ainsi 130 000 ruptures de mariages. Une tendance qui explique qu'en réalité, depuis les années 2000, "le mariage n'est plus à la mode", comme le répète Florence Maillochon. D'autant qu'il existe d'autres formes d'engagements, comme le Pacs. De plus en plus de Français se tournent vers ce type de contrat. Marianne, elle-même pacsée avec Charles avant la demande en fiançailles, le confirme : ce contrat est plus souple avec ce côté "engageant, mais pas trop". Selon l'Ined, en 2019, plus de 196 000 couples se sont pacsés, soit à peine 20 000 de moins que le nombre de mariages.

*Sondage représentatif mené auprès de 1002 participants (hommes et femmes) en France diffusé en ligne du 25/03/2022 au 22/04/2022