La GMD, son petit nom pour les intimes, va être officiellement remplacée. Le nouveau modèle de grenade à main de désencerclement - une arme fréquemment utilisée pour le maintien de l'ordre et responsables de nombreuses blessures au cours des années - devrait occasionner "moins de projections en hauteur", a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, vendredi. Elle pourrait être utilisée dès ce samedi, après des appels à la mobilisation de la part de gilets jaunes, partout en France. Ce changement intervient dans le cadre de la nouvelle doctrine du maintien de l'ordre annoncée par le gouvernement.

La GMD, considérée comme une arme de guerre de type A2, a 16 ans. Mais son utilisation a bondi en 2018, date des premières apparitions des gilets jaunes. Côtés caractéristiques, cette grenade génère un énorme bruit (plus de 155 décibels, l'équivalent d'un avion au décollage) et projette par ailleurs 18 petits projectiles de caoutchouc à grande vitesse. Elle est normalement lancée par les forces de l'ordre en cas de danger imminent, notamment pour disperser (avec sommations) un attroupement ou réprimer (cette fois sans sommations) des violences.

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Sa dangerosité n'est plus à démontrer. Pendant les manifestations contre la loi Travail, au printemps 2016, Romain D., un jeune comédien de 28 ans, s'était notamment effondré après l'explosion d'une grenade de désencerclement tout proche de lui. Victime d'un oedème à la tête, boîte crânienne enfoncée, le jeune homme avait été plongé dans un coma artificiel dont il était ressorti dix jours plus tard. En guise de réponse, l'ex-Défenseur des Droits, Jacques Toubon, avait recommandé au ministre de l'Intérieur, l'année dernière, "d'engager une réflexion approfondie sur la pertinence de la dotation, pour les opérations de maintien de l'ordre, de cette arme susceptible de porter gravement atteinte à l'intégrité physique des personnes touchées et d'exposer les fonctionnaires de police à des risques importants".

Moins impactante ?

La nouvelle GMD est "deux à quatre fois moins impactante", selon une source policière et son bouchon allumeur "ne saute plus". C'est ce bouchon qui causait le plus de blessures graves.

Cette nouvelle grenade de désencerclement, ce pourrait donc être la GENL (Grenade à éclats non-létaux), produite par Alsetex et commandée en mai 2019 par le gouvernement. Elle aurait été utilisée pour la première fois à Paris le 16 juin 2020 lors d'une manifestation de soignants à Paris, selon le journaliste Maxime Reynié, qui tient un site spécialisé sur la question. Comme indiqué par la source policière, "le corps de cette grenade reste intact avec son bouchon allumeur lors de la détonation", écrit notamment Maxime Reynié. C'est une des différences majeures entre la GMD et la GENL. Mais pas la seule.

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Sa fiche technique livre d'autres enseignements. La GENL est légèrement moins bruyante que la GMD, avec 144 décibels émis à 10 mètres. Elle contient autant de palets, 18. Mais ces derniers sont projetés bien moins vite : 95 mètres par seconde, contre 125 auparavant. Est-elle, donc, moins dangereuse ? Difficile à dire, tant son utilisation demeure - pour le moment - rare. Mais la vitesse joue un rôle dans l'énergie d'impact des palets, qui serait donc divisée par deux. Celle-ci passerait de 80 joules (l'équivalent de dix boules de pétanque lâchées à une hauteur d'un mètre) à 36 joules. Tout dépend, ensuite, du contexte d'utilisation. Pour rappel, ces grenades de désencerclement doivent impérativement être jetées au sol.