Quand seront-ils enfin entendus ? Depuis déjà plusieurs années, des enseignants et des parents d'élèves du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) tentent d'alerter les autorités sur des cas répétés de violence. Essentiellement des phénomènes de bandes jusqu'ici plutôt circonscrits aux alentours de l'établissement. Le 30 septembre dernier, un nouveau cap a été franchi avec l'agression au couteau d'un élève de première technologique... en plein cours. L'auteur présumé des coups, scolarisé dans la même classe que la victime, et âgé de 19 ans, a été interpellé par la Brigade anti-criminelle (BAC) puis placée entre les mains de la justice. Malika Chemmah, représentante de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) du lycée Paul -Eluard, évoque un sentiment d'abandon par les autorités. Pour cette mère de famille, cette irruption de la violence à l'école découle directement d'un manque criant de moyens et de personnels.
L'Express. Comment avez-vous réagi à l'annonce de ce drame ?
Malika Chemmah. Comme tous les parents d'élèves, j'étais sous le choc. Ce type de violence ne devrait pas se passer dans un établissement scolaire, et surtout pas dans une classe ! On ne comprend pas comment un jeune peut en arriver à tenter de poignarder l'un de ses camarades. Notre crainte, aujourd'hui, est qu'il y ait des représailles derrière. L'enquête démontrera ce qu'il s'est réellement passé. Heureusement, le jeune de 16 ans, qui a été touché à l'abdomen, va mieux. Mais la situation aurait pu être bien plus grave car, lorsque c'est arrivé et qu'il a fallu prodiguer les premiers gestes de secours, tout le monde s'est trouvé démuni. Il faut savoir qu'à l'heure actuelle, ce lycée de 1 700 élèves, ne compte ni médecin, ni infirmière scolaire, ni assistante sociale. Certes, une cellule psychologique a été mise en place pour quelques jours mais, comme à chaque fois, on ne nous propose que des mesures ponctuelles et insuffisantes.
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Quelles sont les conséquences de ce manque de moyens que vous dénoncez ?
Nous sommes implantés à Saint-Denis, dans un quartier difficile et nous devons faire face à des problématiques d'ordre social. D'ailleurs, l'établissement compte un taux de boursiers très élevé. On aurait besoin, plus qu'ailleurs, d'un accompagnement solide. Surtout en ce moment, avec le confinement et la crise sanitaire qui ont aggravé les difficultés auxquelles sont confrontées les familles. Beaucoup d'élèves, dans ces quartiers, sont en situation de décrochage scolaire. Une autre forme de violence qui génère bien des souffrances. Or, on sent bien qu'il n'y a aucune volonté politique pour y remédier. Si on prend la parole pour dénoncer cette situation c'est parce que nous refusons le fatalisme. Si on continue de réclamer des moyens, c'est bien parce qu'on y croit. Certains d'entre nous ont fait le choix de mettre leurs gamins dans le public au nom de principes auxquels ils tiennent. Et bon nombre de nos enfants réussissent malgré tout. Ça c'est beau à voir ! Mais il ne faut rien lâcher.
Sur le plan de la sécurité, quelles autres mesures faudrait-il mettre en place ?
Il faudrait déclencher un plan d'urgence pour lutter contre les phénomènes de bandes et les violences inter-quartiers. Mais, au sein du lycée, gare à ne pas tomber dans le tout sécuritaire. Un établissement scolaire doit rester un havre de paix. Ce n'est pas en multipliant les agents de sécurité et en mettant des policiers dans les salles de classes que l'on réglera les problèmes. Encore une fois, nous croyons plus aux moyens humains et financiers qu'aux caméras. Et nous voulons attirer l'attention sur cette autre forme de violence que nous subissons au quotidien : les inégalités de traitement entre établissements. Le nôtre, qui s'étale sur une superficie de 7 hectares, devrait pouvoir bénéficier d'un moins un médecin, deux infirmières scolaires, deux assistants sociaux... Là on pourra dire que le ministère de l'Education nationale, et le gouvernement, prennent au sérieux les difficultés que l'on rencontre. Aujourd'hui, on en est loin...
