Une jeune femme de 23 ans, il y a douze ans, dans le RER D, un instituteur de 45 ans à Aubervilliers, un enseignant de 55 ans de Marseille... Ville, profil, âge différents mais ces trois personnes ont en commun d'avoir inventé leur agression.
LIRE AUSSI >> Agression à Montreuil: les suspects ont crié "chien d'infidèle", selon la victime
Le responsable du centre des Restos du coeur de Montreuil (Seine-Saint-Denis) est lui aussi soupçonné d'avoir inventé une agression islamiste à son encontre, vendredi. Cet homme de 59 ans sera jugé en novembre pour "dénonciation de crime ou délit imaginaire", a annoncé ce mercredi le parquet de Bobigny. Des faits qu'il conteste mais sa version ne convainc pas les enquêteurs et aucun élément matériel ne permet d'étayer ses dires.
"En apparence normaux"
"C'est un classique de la criminologie sans être très fréquent non plus", commente Roland Coutanceau*. Le psychiatre, expert devant les tribunaux, en a déjà interrogé plusieurs. "Ce sont très rarement des fous ou des gens qui ont une impulsivité 'délinquantielle'", précise celui qui préfère parler d'"immaturité névrotique".
Il ne faut pas confondre leur "mensonge" avec un "délire", ajoute Daniel Zagury, lui aussi psychiatre et expert criminologue. "Si le sujet est dans un moment d'exaltation, les policiers le voient tout de suite. Or, la plupart du temps, ce sont des gens en apparence normaux."
Alors qu'est-ce qui poussent ces fausses victimes à passer à l'acte? "C'est la rencontre de deux choses: un moment de vie difficile avec une perte d'estime de soi et un besoin d'attirer l'attention", analyse Daniel Zagury. Ce sont des "gens fragiles", imaginatifs jusqu'à la mythomanie, qui sont souvent dans une "logique émotionnelle".
Aveux sous morphine
Sur le devant de la scène, ils se retrouvent au centre de l'attention des autorités, des médias et de leurs proches. "Ils se positionnent par rapport à l'actualité en temps que victime emblématique que ce soit de l'antisémitisme ou de l'islamisme par exemple", ajoute-t-il.
Avant la fausse agression présumée de Montreuil, d'autres cas ont ces derniers temps fait référence à une violence djihadiste. Le 12 mai, un enseignant juif qui était accusé d'avoir inventé une agression antisémite, quelques jours après les attentats du 13 novembre a été condamné à Marseille à six mois de prison avec sursis.
Le 12 février, un instituteur d'Aubervilliers, qui avait affirmé avoir été agressé par un djihadiste dans sa classe avant de se rétracter, avait également été jugé pour les mêmes motifs. Il avait été relaxé pour vice de procédure: il avait reconnu avoir tout inventé alors qu'il était hospitalisé sous morphine, des aveux considérés comme "non spontanés" par le tribunal de Bobigny.
Faux délits mais vraies sanctions
"Ces personnes ont une capacité à être aimantées par un thème dans l'air du temps. Ce n'est pas un hasard si dans un contexte de forte menace terroriste et d'attentats, ils inventent, comme des mauvais scénaristes, quelque chose de peu structuré en rapport avec l'actualité", analyse Roland Coutanceau.
S'ils espèrent que ça va marcher, ils ont au fond d'eux cette "petite intuition" que leur mensonge va leur revenir en pleine face "comme un boomerang" à un moment ou un autre. Certains craquent rapidement confrontés aux éléments de l'enquête. D'autres, qui ont personnalité plus rigides, moins fragiles, vont camper sur leurs positions longuement avant d'avouer.
Et si les délits sont faux, les sanctions sont lourdes. "Le fait de dénoncer mensongèrement à l'autorité judiciaire ou administrative des faits constitutifs d'un crime ou d'un délit qui ont exposé les autorités judiciaires à d'inutiles recherches est puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende", prévoit le Code pénal. Mais souvent la justice est clémente en prononçant des peines avec sursis... et une obligation de soins.
![©PHOTOPQR/LE PARISIEN ; RUE DOUY DELCUPE
Le directeur des Restos du c?ur de Montreuil, Richard Sautour, dit s'être fait poignarder ce vendredi matin vers 7 h 30. Une femme et un homme sont activement recherchés - le 01/07/2016 - (MaxPPP TagID: maxnewsspecial057127.jpg) [Photo via MaxPPP]](https://www.lexpress.fr/resizer/v2/DCXZ33D42ZCYDLAVQNIXQJXG5A.jpg?auth=8a7ff1f50fe46753caa494ace8f48fa641dadd37119601558a205168fc13abf9&width=1200&height=630&quality=85&smart=true)