Quand Elisabeth Badinter dénonce la régression de la situation de la femme, elle n'hésite pas à donner des noms. Dans son livre paru en début de semaine, Le Conflit, la femme et la mère (Flammarion), la philosophe s'en prend nommément à Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'économie numérique et ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie. Elle revient notamment sur le projet de NKM de taxer les couches jetables et regrette que l'"on fasse passer la nature avant les libertés féminines".

Si Cécile Duflot, attaquée, elle verbalement par Badinter, a répondu dans la foulée à l'intéressée, NKM a préféré prendre 24 heures pour se fendre d'une note sur son blog. "L'ouvrage fait une critique savoureuse de ce nouvel idéal maternel qu'on impose aux femmes pour mieux les faire rentrer au foyer", commence tout en finesse la secrétaire d'Etat, soulignant l'admiration qu'elle a pour la génération de son aînée.

Acide

"Cette génération a combattu pour que les femmes, aujourd'hui, puissent avoir la liberté de choisir, entre la vie de famille et le travail, et la liberté, surtout, de choisir dans le temps, sans exclusion, de pouvoir travailler et de pouvoir être mère, par exemple. C'est exactement pour cette raison que je ne suis pas convaincue par l'analyse qu'E. Badinter", poursuit NMK qui devient vite plus acide: "Je trouve cela un peu rapide. Mais il est vrai que je ne suis pas philosophe."

Plutôt que d'aborder la question de la taxation des couches, la secrétaire d'Etat préfère botter en touche. "M'intéressant à la situation des femmes aujourd'hui et aux difficultés qui leur sont faites, je travaille pour ma part sur un certain nombre de questions qui me préoccupent plus que l'allaitement. Je pense notamment à l'évolution du rapport entre les 'genres', à la séparation précoce des garçons et des filles en milieu scolaire, au 'plafond de verre' qui bloque les carrières féminines ou encore aux débats actuels autour du voile. De tout cela, dans ce livre 'féministe', pas un mot n'est dit."

Nathalie Kosciusko-Morizet n'est pas une philosophe, elle le clame. En ramenant la polémique sur des "vrais" sujets féministes, et non ces sujets "mineurs" que sont pour elle l'allaitement, elle prouve qu'elle est avant tout un animal politique.