Que pensez-vous de la journée de la femme?

Sophie Fontanel, journaliste à Elle 

Je ne me sens pas très concernée par La journée de la femme. Une journée, une année ou une décennie, ça suffit pas. C'est dérisoire. Ça me fait penser à une chanson de Tracy Chapman, "Woman's work never done", le travail des femmes n'est jamais fini. C'est insuffisant par rapport à tout ce qu'on demande aux femmes.

Le problème c'est que les infos générales en parlent sans traiter des vrais problèmes: on parle du foulard, du célibat, de la relation homme-femme mais pas de toutes les lourdes taches (et pas que ménagères!) qu'elle doit assumer au quotidien, il faut être bien habillée, pas trop vieille, s'occuper de son compagnon quand on est en couple en plus des enfants, écouter les soucis de son homme..., c'est lourd à porter!

Je pense que plus qu'une journée de la femme, c'est une journée de repos de la femme qu'il faudrait!

Chantal Thomass, créatrice de lingerie de luxe 

La journée de la femme doit être l'occasion de rappeler que la femme doit se sentir libre et indépendante.  C'est important, car il y a peu de temps la femme n'était pas considérée. En un demi siècle, sa situation a beaucoup évolué. Malgré cela, beaucoup reste à faire.

J'ai eu la chance d'être adulte dans les années 70, à une époque où tous les droits étaient acquis. Je n'ai jamais souffert d'être une femme. Mais encore trop de femmes sont battues, maltraitées. C'est catastrophique.

Waris Diri, écrivain et ancien mannequin somalienne, auteure de Fleur du désert, roman adapté au cinéma, en salle le 10 mars 

La journée de la femme, c'est de la connerie! Ce n'est pas une journée qu'il faudrait nous consacrer, c'est 365 jours! Une femme se bat, travaille, vit, élève ses enfants tous les jours. Je me contrefiche totalement de cette journée, elle n'est symbolique en rien. Un jour pour la femme, le reste pour l'homme? Et puis quoi encore  Etre une femme est une "fonction" très difficile à occuper partout dans le monde. Nous vivons dans un monde d'hommes, fait par eux et pour eux.

Anne Hidalgo, tête de liste PS à Paris pour les régionales

C'est la journée DES femmes. Il faut les reconnaître dans leur diversité.

En tant que féministe engagée, je tiens à ce qu'il y ait beaucoup de célébrations et de commémorations comme celle du 8 mars. Elle est importante pour rappeler ce qu'il reste à faire dans la quête de l'égalité des droits réels entre hommes et femmes. 

La dimension historique compte aussi. Beaucoup de femmes se sont battues pour l'émancipation des femmes -je pense notamment aux militantes célèbres Clara Zetkine et Rosa Luxemburg- qui ont eu elles aussi à combattre le machisme à leur époque. Si la femme a aujourd'hui autant de droits c'est grâce aux mouvements féministes historiques qui ont su porter ces revendications. Il est nécessaire de transmettre aux jeunes femmes actuelles que rien n'est jamais acquis.

Miss. Tic, artiste plasticienne:

La journée de la femme c'est un bordel sans nom, coincée entre la fête des grand-mères, de ta mère, de ton père et de sa musique. Il y a même une journée pour mon cancer et une pour les arbres. Est-ce qu'on ne pourrait pas inventer une journée pour qu'on nous foute la paix.

La journée de la femme c'est une journée à la con pour les faux-culs. Moi je préfère la nuit avec mon homme!

Quelles difficultés connaissent les femmes aujourd'hui?

Sophie Fontanel:

On est dans une société qui valorise énormément la jeunesse. On ne veut pas être des femmes mais des filles. On veut être des" jolies filles", "des filles sympas".

Dans mon milieu, celui de la mode et de la presse féminine, personne ne veut vieillir. Quand je vois autour de moi que personne ne veut de ventre, de cheveux blancs, etc... Tout nous pousse à être une fille jusqu'à ce que nous ne soyons plus désirables. C'est horrible!

L'un des principaux combats aujourd'hui est donc de pouvoir vieillir et d'avoir la maturité pour le faire. J'ai 47 ans et même avec mon humour, je ne veux pas être une fille! Le gros chantier que j'ai c'est d'oser d'être une femme.

 Avant il y avait la vieille fille, maintenant il y a la vieille jeune ! Je ne veux pas de ça! En fait on dirait qu'il y a les jeunes filles d'un côté, de l'autre les vieilles excentriques et qu'au milieu les femmes ont été gommées!

Chantal Thomass:

Ce qui est difficile aujourd'hui, c'est que nous sommes dans une génération de "femmes multiples". La femme doit tout assumer en même temps, à la fois son rôle de mère et son rôle professionnel. Ça n'a pas trop changé. Elle doit s'occuper de ses enfants, être professionnelle, gérer la maison, aller aux réunions de parents d'élèves...ça fait beaucoup de choses à concilier. Sans oublier les problèmes plus graves de violences faites aux femmes que j'ai évoqués.

Waris Diri:

Le combat perpétuel pour la femme est d'exister pour elle-même et faire ce qu'elle désire. A 13 ans, mon père m'a ordonné d'épouser un homme très âgé. Je n'ai pas voulu et j'ai fui la Somalie.

J'ai été excisée à l'âge de 5 ans au nom de la religion. Or le Coran n'approuve aucunement cette pratique. Pourtant, ceux qui perpétuent cette tradition croient répondre à un précepte religieux. Dieu n'a pas dit de faire cela, ce sont les hommes qui en ont décidé ainsi. Une femme musulmane doit se battre deux fois plus pour faire valoir ses droits alors que les hommes s'évertuent à les leur retirer. J'ai été mutilée, certes, mais il y a une chose qu'ils ne me prendront jamais: ma liberté!

Personne ne doit obliger une femme à agir contre sa volonté. Elle n'est pas un objet et n'est pas à vendre. Pour sortir de cette condition, les femmes doivent s'éduquer, pour se surélever et s'émanciper.

Anne Hidalgo:

Sur le plan professionnel, les inégalités de salaires demeurent en dépit de l'arsenal juridique. Le plafond de verre, qui empêche les femmes d'accéder aux responsabilités, et les discriminations sont encore très présents dans le privé. De même, la précarité des femmes demeure et leurs retraitessont toujours inférieure à celle des hommes.

La lutte contre les violences faites aux femmes est un autre sujet important. La loi va bouger sur ce domaine pour s'inspirer de l'Espagne, c'est une bonne chose. Mais il faut mettre en place un plan pour s'assurer que les dispositions du texte de loi seront réellement appliqués.

Par ailleurs, la question de l'IVG et de la contraception reste fondamentale. Ces droits ont permis une liberté et une maîtrise de son corps. Mais ils restent combattus par des groupes anti-IVG très actifs. La fermeture de services IVG dans les hôpitaux publics est un autre motif d'inquiétude.

Enfin, la parité en politique est encore insuffisamment respectée au Parlement. A l'Assemblée nationale, le mode de scrutin ne permet pas d'atteindre un niveau de représentation des femmes digne d'une démocratie occidentale. Quant aux partis politiques, je prône une mesure radicale depuis plusieurs années: un parti qui n'aurait pas 50% de femmes n'aurait plus droit à ses subventions publiques.