Penelope Fillon ne "supporte" plus son prénom. Depuis que l'affaire a éclaté, il y a trois ans, mettant un terme à la carrière politique de son mari en pleine élection présidentielle, elle s'est "recroquevillée" sur elle-même. C'est ce qu'a assuré ce mercredi son avocat, Pierre Cornut-Gentille, devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris. "Ridiculisée", sa vie "mise à nue", elle est devenue "paranoïaque" avec le sentiment d'être "observée", "espionnée".

"Penelopegate, ça veut dire Penelope coupable. Celle par qui le scandale arrive", pointe son conseil. La veille, le parquet national financier a requis contre elle trois ans de prison avec sursis et 375 000 euros d'amende, et cinq ans dont trois avec sursis et 375 000 euros d'amende contre François Fillon pour détournement de fonds publics et "complicité d'abus de bien social". Dans un réquisitoire au vitriol, ils ont dépeint la Galloise en "victime consentante des agissements de son mari". Elle qui, depuis le début du procès, la semaine dernière, peine souvent à se faire entendre. Autant qu'à fournir des explications détaillées sur son rôle d'assistante parlementaire entre 1998 et 2013, emploi présumé fictif.

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"Vous en faites une femme fictive et vous dites que vous avez de la compassion pour elle, s'emporte ce mercredi Me Cornut-Gentille. (...) Tout au long de l'enquête, à chaque fois, c'était son identité, sa personnalité même qui étaient mis en doute. Comment se défend-on d'accusations comme celle-là? C'est d'une très grande violence."

"Personne ne garde ses dossiers dans un local à archives"

Or, les traits de cette personnalité discrète et réservée, timide même, en faisaient des "qualités pour les électeurs" ruraux de la Sarthe. "Est-ce qu'il vaut mieux avoir dans la Sarthe une Cécilia Sarkozy ou une Penelope Fillon? Penelope Fillon n'est pas Parisienne, elle déteste Paris. Elle est simple, elle n'est pas fière", a martelé son avocat. Sa plus-value pour l'électorat local: être "la femme de" François Fillon. "Ils se moquent eux de savoir si elle est payée, quel est son statut." Pas la justice. Au coeur de cette procédure judiciaire se trouve la difficulté d'établir par des éléments concrets la réalité de son rôle d'assistante parlementaire. "Qui peut 20 ans, 30 ans, 40 ans après produire le fruit de son travail pour se justifier?", s'est interrogé Joris Monin de Flaugergues, l'un des avocats de François Fillon, qui a plaidé la prescription. Et d'ajouter, ironique: "Chacun d'entre nous garde des documents administratifs, des contrats, des fiches de paie. Personne ne garde ses dossiers dans un local à archives avec un panneau 'pour le PNF (parquet national financier) en cas de perquisition pour emploi fictif.'"

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"On a beaucoup glosé sur l'oralité et l'absence de traces de son travail. Mais il aurait été peut-être intéressant de regarder comment font les autres", a complété en début d'après-midi Antonin Lévy, également avocat de l'ancien Premier ministre. Il a cité cet autre assistant parlementaire de Marc Joulaud - suppléant de François Fillon - qui travaillait de chez lui, sans adresse mail, avec des réunions tous les quinze jours. Et qui, comme la prévenue, n'a gardé aucune note. "Peut-on être honnête intellectuellement et dire qu'il n'y a pas plus de preuves pour ces personnes-là?"

"Le rôle social de l'épouse, ça veut dire quoi?"

Dans une longue plaidoirie remarquée, Maître Lévy s'est attaché à pilonner en détail une enquête qu'il qualifie de "folle", "partie dans tous les sens": 14 perquisitions, 44 personnes entendues, 106 scellés. Il a dénoncé des témoignages à décharge non exploités selon lui alors que le tailleur de chez Berluti "a livré, dans un procès verbal de 11 pages, des informations essentielles: un costume, c'est environ 4m2 de tissu. C'est intéressant, fondamental pour l'enquête!"

Sur le fond même du travail de Penelope Fillon, le conseil assure qu'elle est l'oeil et l'oreille de son mari, qu'il a toute confiance en elle, ce qui lui confère par là même une situation privilégiée. Au quotidien, elle trie le courrier - 30 à 40 lettres par semaine - prend des notes, conseille, se rend aux manifestations locales... Mais pour l'accusation, bien qu'active socialement et "investie auprès de son mari", elle n'était que "l'épouse" du député.

Une vision datée et archaïque pour Antonin Lévy. "Le rôle social de l'épouse, ça veut dire quoi? On attend d'une femme qu'elle soit à côté de son mari, de lui pondre des gosses et de se présenter comme une bonne femme au foyer? C'est une vision complètement dépassée. Ce n'est même pas le 20e siècle, c'est le 19e siècle!" Au terme de trois heures de plaidoirie - l'une des six de la journée - l'avocat a conclu, s'adressant au tribunal: "J'ai souvent entendu dire que dans ce dossier vous ne pourriez que condamner car sinon ça voudrait dire que l'élection (présidentielle de 2017) aurait été confisquée au peuple français. Mais vous jugerez en droit. Et pour cette raison, vous relaxerez François Fillon." Réponse le 29 juin prochain à 13h30.