Nouveau rebondissement à quelques jours du jugement Fillon : les avocats de François Fillon ont demandé ce mardi au tribunal correctionnel de Paris de rouvrir les débats du procès de l'ex-Premier ministre, dont le jugement est attendu lundi, après les récentes déclarations sur des "pressions" au cours de l'enquête, ont-ils annoncé à l'AFP.
"Nous venons de saisir ce jour la 32ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris d'une demande de réouverture des débats afin que les évènements récents puissent être discutés entre toutes les parties", ont annoncé dans un communiqué transmis à l'AFP Mes Antonin Lévy, Pierre Cornut-Gentille et Jean Veil, après que l'ancienne cheffe du parquet national financier (PNF), Eliane Houlette, a affirmé avoir mené l'enquête sous la "pression" du parquet général. Les avocats de François Fillon dénoncent depuis plus de trois ans une "enquête folle" et menée "à charge".
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Cette annonce des avocats de François Fillon, de son épouse Penelope et de son ancien suppléant dans la Sarthe, Marc Joulaud, fait peser une incertitude majeure sur le rendu du jugement, prévu lundi à 13 h 30, dans cette affaire portant sur des soupçons d'emplois fictifs de Penelope Fillon. Lors des débats en mars, le PNF a requis cinq ans de prison, dont deux fermes, et 375 000 euros d'amende contre François Fillon, trois ans avec sursis et 375 000 euros d'amende contre son épouse et deux ans avec sursis et 20 000 euros d'amende contre Marc Joulaud.
Un tollé politique né après les déclarations d'Eliane Houlette
Il s'agit de la dernière secousse provoquée par les déclarations d'Eliane Houlette, qui a suscité un tollé politique. Le 10 juin, devant la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, Eliane Houlette, désormais retraitée, s'était émue du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations lancées en pleine campagne présidentielle de 2017 après un article du Canard enchaîné.
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L'ancienne cheffe du parquet national financier (PNF) évoquait notamment "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et avait révélé avoir été convoquée par le parquet général, qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction. Le PNF avait finalement accédé à cette demande en invoquant des questions juridiques liées à un risque de prescription, selon Eliane Houlette. Saluée dans un premier temps par la défense, cette ouverture d'information judiciaire, confiée au juge Serge Tournaire, s'était toutefois retournée contre François Fillon : il avait été rapidement mis en examen après avoir affirmé qu'un tel scénario le pousserait à jeter l'éponge.
Tentant d'éteindre l'incendie, Eliane Houlette avait précisé vendredi que ces "pressions" ne portaient "pas sur les faits reprochés à François Fillon ni sur le bien-fondé des poursuites" et "étaient d'ordre purement procédural". "François Fillon n'a pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif", avait-elle insisté.
Belloubet et Castaner auditionnés début juillet
A droite mais aussi à LFI ou au RN, ses premières déclarations ont toutefois déclenché une avalanche de réactions critiquant une instrumentalisation de la justice dans cette enquête, qui avait empoisonné la campagne de François Fillon, finalement éliminé au premier tour. Vendredi soir, Emmanuel Macron était à son tour intervenu, annonçant saisir pour avis le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) afin de vérifier que le PNF a mené son enquête en "toute sérénité, sans pression" de l'exécutif.
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Selon les règles en vigueur, le parquet général peut demander des remontées d'information aux parquets et les transmettre à la direction des affaires criminelles et des grâces au sein de la Chancellerie, qui peut les faire suivre au cabinet du garde des Sceaux. En revanche, la loi interdit au garde des Sceaux de donner des instructions dans les dossiers individuels. La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, a d'ailleurs dit "regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions".
Par ailleurs, à l'Assemblée nationale, les groupes LFI et LR à l'Assemblée nationale ont réclamé ce mardi de prolonger jusqu'à fin septembre la commission d'enquête parlementaire sur "les obstacles à l'indépendance" de la justice, après les propos polémiques de l'ex-cheffe du PNF. Cette commission a déjà prévu le 2 juillet à 9h30 d'entendre à nouveau la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, qui a réfuté vendredi "toute pression de quelque nature que ce soit" sur Eliane Houlette. Les ministres Nicole Belloubet (Justice) et Christophe Castaner (Intérieur) doivent aussi être auditionnés les 1er et 2 juillet.
