Une décision judiciaire importante, tant le prélat incarne depuis trois ans en France la crise de l'Église face à la pédophilie, qui vient de faire l'objet d'un sommet inédit de la hiérarchie catholique au Vatican.
Ce jeudi, le tribunal de Lyon a condamné le cardinal Barbarin à six mois de prison avec sursis pour "non-dénonciation d'abus sexuels". Lui et les cinq anciens membres du diocèse poursuivis encouraient trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.
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La défense du prélat a annoncé immédiatement son intention de faire appel. "La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utiles", a indiqué Jean-Félix Luciani, en relevant qu'il "était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression avec des documentaires, un film... Ça pose de vraies questions sur le respect de la Justice", a relevé l'avocat. Le cardinal Barbarin a ensuite annoncé son intention de remettre sa démission au pape.
De son côté, un plaignant a salué "une grande victoire pour la protection de l'enfance".
"Je n'ai jamais cherché à cacher"
À l'issue des débats, la procureure Charlotte Trabut n'avait pas requis de peine à l'encontre des six prévenus, tout en assurant de son impartialité: "le ministère public ne s'oppose pas aux parties civiles, pas plus qu'il ne soutient mordicus les prévenus".
Contrairement au cardinal Barbarin, cinq ex-membres du diocèse de Lyon poursuivis avec lui pour non-dénonciation d'agressions sexuelles n'ont pas été condamnés ce jeudi, soit par absence de faute, soit au titre de la prescription des faits. Il s'agit de Régine Maire, ancienne bénévole, Thierry Brac de la Perrière, évêque de Nevers et évêque auxiliaire de Lyon en 2011, Pierre Durieux, ancien directeur de cabinet du cardinal Barbarin, Xavier Grillon, vicaire épiscopal et Maurice Gardes, archevêque d'Auch. Ce dernier était archidiacre dans le Roannais jusqu'en 2004.
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"Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles", avait assuré au tribunal le cardinal Barbarin, expliquant n'avoir appris les agressions reprochées au père Preynat qu'en 2014, quand une victime se confia à lui. Pour Me Jean Boudot cependant, le cardinal était au courant depuis 2010 au moins, date à laquelle il s'était entretenu avec le prêtre sur les "rumeurs" qui couraient à son sujet.
"L'Eglise de France s'en souviendra"
Soutenus par l'association de victimes "La Parole libérée", neuf hommes avaient d'abord accusé le père Bernard Preynat d'avoir abusé d'eux - des faits pour lesquels ce dernier n'a pas encore été jugé - avant de porter plainte contre ceux qui n'ont rien dit des agissements du prêtre.
Faute de poursuites, ils ont lancé en 2017 une procédure de citation directe devant le tribunal, qui leur garantissait un procès pour la première fois depuis la révélation de l'affaire fin 2015. François Devaux, co-fondateur de "La Parole libérée", avait estimé en fin de procès que, quelle que soit l'issue du procès, l'Église de France s'en souviendra".
