Orelsan a finalement été relaxé en appel. C'est la troisième fois que le rappeur était jugé pour provocation à la violence envers les femmes, pour les textes de plusieurs de ses chansons interprétées lors d'un concert à Paris en mai 2009.

Le rappeur de 33 ans, Aurélien Cotentin de son vrai nom, avait défendu des textes "ironiques", qui ne représentent que "3% du concert", placés dans la bouche d'un "personnage", "un gars à côté de la plaque". "Y'a la liberté de création, avait-il asséné. On peut pas juger autrement qu'en disant que c'est un personnage de fiction". Orelsan répète qu'il n'a "jamais" tenu les propos litigieux en dehors de ses chansons: "Ce n'est pas du tout ce que je pense".

C'est peu ou prou l'argumentaire retenu par la Cour. Pour elle, le rap est "par nature un mode d'expression brutal, provocateur, vulgaire, voire violent puisqu'il se veut le reflet d'une génération désabusée et révoltée". En ce sens, sanctionner de tels propos au "titre des délits d'injures publiques (...) reviendrait à censurer toute forme de création artistique inspirée du mal-être, du désarroi et du sentiment d'abandon d'une génération en violation du principe de la liberté d'expression".

"L'humour d'hyper mauvais goût"

"C'est la bitch la moins moche de son bled paumé, donc tous les gars du coin rêvent de la dégommer...", "Si t'es gourmande, j'te fais la rondelle à la margarine", "ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner"... Lors de sa comparution, le président avait lu plusieurs des paroles incriminées, interrogeant: "Est-ce que c'est pas une sorte de blanc-seing à vos auditeurs hommes?" En réponse, Orelsan avait plaidé "l'humour et l'hyperbole d'hyper mauvais goût".

Pour certains des passages litigieux, l'artiste avait été condamné en 2013 à 1000 euros d'amende avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris. Les juges avaient considéré la phrase "les féministes me persécutent (...), comme si c'était d'ma faute si les meufs c'est des putes", comme une injure sexiste. Pour "renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, j'peux t'faire un enfant et t'casser le nez sur un coup d'tête", ainsi que "ferme ta gueule ou tu vas t'faire marie-trintigner (...)", Orelsan avait été reconnu coupable de "provocation à la violence à l'égard d'un groupe de personnes en raison de leur sexe".

Mais en 2014, la cour d'appel de Paris avait jugé les poursuites prescrites, sans se prononcer sur le fond. La cour de cassation avait enfin annulé cette décision en juin et ordonné un troisième procès.