L'ancienne cheffe du parquet national financier Eliane Houlette s'est défendue lundi d'avoir violé le secret des investigations et "contrecarré" deux enquêtes visant la mairie de Marseille, dans une réponse à sa mise en cause par des écoutes téléphoniques révélées par Mediapart.

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"Imaginer que j'ai pu vouloir contrecarrer de quelconque manière ces procédures est une parfaite absurdité", affirme Eliane Houlette dans son droit de réponse publié par Mediapart, puisque "les trois perquisitions successives opérées et la saisine d'un juge d'instruction ont été ordonnés et diligentés (...) à mon initiative et sous ma seule autorité".

Vendredi, Mediapart a dévoilé le contenu d'écoutes téléphoniques de mai et juin 2019 dans lesquelles un avocat marseillais, Me Jean-Jacques Campana, se vante auprès d'un cadre de la mairie d'être "ami" avec la procureure anticorruption, de la rencontrer puis d'avoir obtenu des informations sur les enquêtes en cours. Ces écoutes ont été réalisées dans le cadre d'une information judiciaire à Paris sur de possibles emplois fictifs à la mairie de Marseille.

Elles ont entraîné l'ouverture d'une enquête judiciaire visant Eliane Houlette, qui a quitté ses fonctions l'été dernier, par le parquet de Paris le 5 septembre 2019. La procédure, révélée par Le Monde, a été dépaysée deux semaines plus tard à Nanterre.

"Hypothèses complotistes"

Selon son courrier, Eliane Houlette a "découvert à la lecture de l'article les élucubrations, dont j'ignore tout, de certaines personnes et je nie totalement avoir fourni à Monsieur Campana des informations couvertes par le secret des enquêtes". L'ancienne procureure confirme avoir reçu l'avocat, "qui est aussi une relation amicale", avec son épouse dans son bureau au tribunal de Paris le 17 mai 2019. À Mediapart, qui qualifie ce rendez-vous de "secret", elle rétorque que les visiteurs ont dû prendre un badge nominatif et passer sous des caméras de surveillance.

Houlette confirme encore avoir répondu à Me Campana plus tard au téléphone "conformément à l'usage que toute ma vie professionnelle j'ai respecté, qui était de répondre et recevoir à leur demande tous les avocats - c'est-à-dire des centaines - que je persiste à considérer comme les auxiliaires indispensables à toute oeuvre de Justice". Elle annonce enfin préparer une plainte en diffamation contre le quotidien en ligne, jugeant "scandaleuses" les "hypothèses complotistes d'interférence de ma part dans la conduite de ces enquêtes".

La révélation du contenu de ces écoutes intervient en pleine controverse sur la gestion par le PNF de plusieurs affaires politiques sensibles : Fillon, Kohler, ou encore celle des "écoutes" de Sarkozy.