Il opine de la tête régulièrement, comme pour acquiescer, ne tient pas vraiment en place. Cheveux relevés en catogan, lunettes noires rectangulaires, Jawad Bendaoud écoute attentivement le rappel des faits que lit la présidente de la 16e chambre depuis une petite heure ce mercredi.
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Soudain, sans raison apparente, le prévenu retire ses lunettes et essuie des larmes. Son avocat lui tend un paquet de mouchoirs dans le box. Le logeur présumé d'Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, deux terroristes du 13 novembre, apparaît plus calme que lors de ses précédents procès où il avait laissé éclater sa colère.
Une salle remplie d'avocats
Lors de ce premier jour d'audience où il comparait pour recel de malfaiteurs terroristes, le jeune homme de 31 ans a tout juste prononcé quelques mots. Il s'est contenté de décliner son identité et sa dernière adresse connue. Celui qui, depuis plus de deux ans, se résume souvent à son prénom arbore un polo blanc qui contraste avec les robes noires qui peuplent la salle d'audience. Image frappante que ces quelque 80 avocats de parties civiles qui occupent tous les bancs disponibles et qui laissent présager de ce que pourrait être dans quelques années le procès des attentats du 13 novembre.
C'est sur un débat juridique et technique que s'est ouvert le procès ce mercredi. Maître Georges Holleaux, au nom d'un groupe d'avocats de parties civiles, a pris la parole pour demander une requalification des faits pour un "délit aggravé d'acte de terrorisme" et non pas "recel de malfaiteurs terroristes". Dans cette hypothèse, Jawad Bendaoud encourt 12 ans de prison et non plus 6 comme c'est le cas actuellement.
"J'ai rendu service"
Le procureur a simplement résumé à la cour l'enjeu de ces trois semaines de procès à l'aune de cette demande: "Vous devrez déterminer si juridiquement Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah sont des terroristes. La position du parquet est qu'ils ne le sont pas."
Jawad Bendaoud a toujours nié connaître l'identité des personnes qu'il hébergeait contre 150 euros dans son squat de la rue du Corbillon à Saint-Denis. Que ce soit en garde à vue, devant le juge d'instruction ou dès le 18 novembre 2015 au petit matin devant la caméra de BFMTV. "J'ai appris que les individus sont retranchés chez moi. Je n'étais pas au courant que c'étaient des terroristes. On m'a dit d'héberger deux personnes pendant trois jours et j'ai rendu service (...) Je ne les connais pas du tout", lâche-t-il. Celui qui est devenu la risée de la France depuis devrait à nouveau pouvoir donner sa version des faits d'ici vendredi devant la cour.

A image grab made from a handout video taken on November 18, 2015 and released on November 25, 2015 by BFMTV shows Jawad Bendaoud, the man who allegedly lent his Paris suburb apartment to the suspected ringleader of the attacks on Paris, being arrested in Saint-Denis. Prosecutors on November 24 charged him with associating with criminals in a terrorist plot and possessing explosives and weapons as part of a terrorist plot, and detained him in custody. AFP PHOTO / BFMTV RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / BFMTV "- NO MARKETING - NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS - NO TELEVISION - THE PHOTO CANNOT BE USED FOR TELEVISION PURPOSES / AFP PHOTO / BFMTV / -
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