Jawad Bendaoud, qui avait hébergé deux djihadistes des attaques du 13 novembre 2015 dont leur coordinateur présumé Abdelhamid Abaaoud, a été condamné ce vendredi en appel à Paris à quatre ans de prison après avoir été relaxé en première instance. La cour a également prononcé l'interdiction de ses droits civiques pendant cinq ans. Il devra également indemniser au titre des dommages et intérêts de nombreuses parties civiles, dont des victimes des attentats. Entouré de six gendarmes dans le box des prévenus, le prévenu est resté calme à l'annonce de l'arrêt de la cour d'appel, secouant légèrement la tête.

Jawad Bendaoud, qui n'a cessé de clamer son innocence, avait été relaxé en première instance en février 2018, alors qu'il encourait six ans de prison. Durant l'instruction de l'affaire par la justice, le "logeur" avait toutefois livré, le 16 juin 2016, plusieurs éléments surprenants, ainsi que L'Express l'avait rapporté. Il avait ainsi expliqué qu'Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abdelhamid Abaaoud -qui s'était démenée pour trouver l'hébergement pour les deux djihadistes- s'était livrée à d'imprudentes indiscrétions. Dès la veille de leur installation dans le squat de Saint-Denis, le 17 novembre 2015, vers 22h30, Hasna (tuée dans l'assaut du Raid le lendemain) avait fait au téléphone "des confidences à de nombreuses personnes de son entourage, leur indiquant que son cousin dont tout le monde parlait à la télévision pour avoir organisé les attentats se cachait dans des buissons et cherchait un hébergement". Commentaire de Bendaoud : "C'était une pipelette [...]. Mais elle ne m'a jamais dit quoi que ce soit [en lien avec les attentats]."

Plus étonnant encore: le 18 novembre au matin, tandis que le Raid donnait l'assaut, le marchand de sommeil "tilte" sur l'identité de ses pensionnaires. Jawad avait téléphoné à ses proches et dit qu'il était "dans la merde" et ne savait pas "que c'étaient des terroristes". L'un d'eux lui répliquait alors: "Tu te fous de ma gueule... Je m'en doutais, Jawad, putain !" Puis, face au juge, Jawad Bendaoud avait poursuivi: "C'étaient des jeunes, l'un avait un bob, l'autre une casquette du PSG. Comment voulez-vous que j'imagine un instant qu'ils venaient de tuer 130 personnes?"

Jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes"

Le procès Bendaoud était le premier en lien avec les attaques du 13-Novembre qui avaient fait 130 morts à Saint-Denis et Paris. Jawad Bendaoud était jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes" pour avoir fourni l'appartement où Abdelhamid Abaaoud et son complice Chakib Akrouh s'étaient repliés à Saint-Denis.

L'avocate générale Naïma Rudloff avait requis en décembre cinq ans de prison contre ce délinquant multirécidiviste. "Le djihadisme a offert une morale à la délinquance des cités et les délinquants ont offert des moyens aux djihadistes", avait-elle déclaré lors de son réquisitoire.

Condamné pour "menaces de mort"

Jugé à ses côtés pour "non-dénonciation de crime terroriste", Youssef Aït Boulahcen, le cousin d'Abdelhamid Abaaoud, a également été condamné à quatre ans de prison avec mandat de dépôt à l'audience.

En première instance, il avait été condamné à quatre ans de prison, dont un an avec sursis. L'avocate générale avait requis la peine maximale (cinq ans de prison, avec mandat de dépôt) contre cet homme de 26 ans, un ambulancier à l'allure soignée.

Dans un dossier distinct, Jawad Bendaoud a été condamné mercredi en appel à un an de prison pour des "menaces de mort" contre une victime des attentats du 13-Novembre.