Jawad Bendaoud cumule les procès. Alors qu'il est rejugé depuis le 21 novembre pour avoir logé deux jihadistes des attaques du 13 novembre 2015, il est passé mardi soir en comparution immédiate pour des "menaces de mort" contre une victime des attentats du 13 novembre. Les faits se seraient déroulés dans les couloirs du palais de justice, juste après que la victime a témoigné dans le cadre du procès de Jawad Bendaoud pour "recel de malfaiteurs terroristes". "Je vais te tuer. Tu vas voir ce que je vais te faire", l'accuse-t-elle d'avoir dit.

À l'issue de cette comparution devant le tribunal correctionnel de Paris, Jawad Bendaoud a été condamné à six mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

Violente altercation

Jawad Bendaoud nie avoir tenu de tels propos envers la victime, Sarah Z. "Cette personne rêve de me voir derrière les barreaux", a-t-il déclaré à son sujet. "Parce que je suis le logeur [des jihadistes, NDLR] et elle la victime, c'est forcément moi le menteur", a-t-il ajouté, tout en étant retenu par un policier. "Je n'ai jamais dit 'Je vais te tuer'". Au moment de partir en détention, Jawad Bendaoud s'est également adressé à la présidente du tribunal : "Vous venez de condamner un innocent, Madame", a-t-il dit.

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"En sortant [de l'audience du 5 décembre où plusieurs victimes du 13 novembre avaient témoigné, NDLR], j'étais énervé", a affirmé Jawad Bendaoud. "J'ai dit : 'Évite de dire que je suis coupable alors que tu ne sais pas si je suis coupable'. J'ai fait l'erreur de lui parler, mais je ne l'ai pas menacée", a-t-il crié, en mimant la scène, très énervé.

Lors de cette altercation, un gendarme, attiré par les cris, a entendu Jawad Bendaoud dire: "C'est pas toi la juge, c'est pas à toi de décider". Il a expliqué aux enquêteurs que Sarah Z. était "hystérique". "J'avais l'impression qu'elle voulait lui taper dessus", mais Jawad Bendaoud "ne faisait rien pour la calmer", au contraire, a ajouté le gendarme. Le ton serait monté ainsi très vite et très haut. En état de choc et en larmes après cette altercation en présence de son avocate Corinne Herrmann, Sarah Z. a été prise en charge par un psychologue.

Un "déferlement de haine"

Pour Me Didier Seban, également avocat de Sarah Z., Jawad Bendaoud "fait peur à cause du manque de contrôle de lui-même". "Son casier judiciaire fait état de multiples violences à l'égard de sa compagne, des forces de l'ordre", a-t-il mis en avant dans sa plaidoirie.

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Mais Xavier Nogueras, l'avocat de Jawad Bendaoud, a soutenu que cette comparution immédiate était "une manipulation", alors que se tient en appel "l'audience la plus importante de la vie" de son client. "Je n'avais jamais vu un tel déferlement de haine. [...] On essaie par tous les moyens de le discréditer", a indiqué l'avocat, qui doit plaider vendredi dans le procès en appel. "Pourquoi l'avoir jugé en comparution immédiate et ne pas avoir attendu une semaine, la fin de son procès en appel, pour le faire comparaître?", a-t-il interrogé le tribunal.

Me Nogueras, qui a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse, a annoncé qu'il ferait appel dès mercredi de la condamnation. En attendant, Jawad Bendaoud comparaîtra à nouveau dans le box des prévenus mercredi matin, pour la suite de son procès pour "recel de malfaiteurs terroristes".