Elle n'a laissé aucune place au doute. En deux petites phrases, dès le début de l'énoncé du jugement des époux Fillon, Nathalie Gavarino, la présidente de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, a balayé toute possibilité de réouverture des débats, comme les avocats de la défense le réclamaient depuis la semaine dernière : "Le tribunal a été destinataire de deux lettres émanant de la défense. Le tribunal va rendre son jugement." Loin du bruit politico-médiatique, des polémiques des derniers jours, des interrogations et spéculations sur la suite de la procédure, les trois juges du siège ont tranché et décidé de rendre leur jugement, sans report. Et sans entrer dans le détail. Ainsi se rend la justice, dans le silence des salles d'audience.

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Les trois prévenus - François Fillon, Penelope Fillon et Marc Joulaud- ont été déclarés coupables de détournements de fonds publics et abus de biens sociaux. L'ancien Premier ministre et candidat malheureux à la présidentielle a écopé de cinq ans de prison, dont deux ferme, 375 000 euros et de dix ans d'inéligibilité dans l'affaire des emplois présumés fictifs d'assistante parlementaire de son épouse. Une "sanction sévère" de l'aveu même de Nathalie Gavarino. Madame Fillon a quant à elle été condamnée à trois ans avec sursis, 375 000 euros et de deux ans d'inéligibilité. Trois ans de prison avec sursis, 20 000 euros d'amende avec sursis et cinq ans d'inéligibilité enfin pour Marc Joulaud, ex-suppléant de François Fillon dans la Sarthe. Impassibles, tous trois n'ont fait aucun commentaire à la sortie de la salle, laissant leurs avocats annoncer leur intention de faire d'ores et déjà appel.

"Manquement au devoir d'exemplarité"

Pendant moins d'une heure d'un discours monocorde et implacable, il n'a pas été question des débats sur ces "pressions" procédurales évoquées le 10 juin par l'ancienne patronne du Parquet national financier (PNF), Eliane Houlette devant une commission d'enquête parlementaire. Pas plus que le tribunal ne s'est attardé sur les accusations d'une justice politique destinée à faire tomber le favori à l'élection présidentielle. Non, ce lundi, la présidente Gavarino s'est attardée sur une chose : le fond du dossier et les trois semaines d'audience qui se sont tenues jusqu'au 11 mars. Et les "éléments" sur lesquels les trois magistrates se sont appuyées pour statuer.

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D'une traite, quasiment sans pause, elle est venue démonter méthodiquement les arguments de la défense. "Pendant neuf années, François Fillon a élaboré et mis en place un système lui permettant d'utiliser la quasi totalité de son crédit collaborateur à son profit personnel", tranche-elle. "Depuis les années 1980, François Fillon a utilisé son crédit collaborateur comme un complément de rémunération." Au total, les fonds publics issus de l'Assemblée et du Sénat détournés s'élèvent, selon le tribunal, à près de 1,1 millions d'euros.

La décision pointe le "manquement au devoir de probité" et au "devoir d'exemplarité" attachés à la fonction d'élu de François Fillon. Il a "fait prévaloir son intérêt personnel sur l'intérêt commun" et a "contribué à faire éroder la confiance que les citoyens placent en ceux qu'ils élisent pour agir en leur nom". "Une grande partie des faits ont eu lieu quand François Fillon était parlementaire et donc investi d'une mission de service publique. Il votait les lois de la République et ne pouvait ignorer ni le contenu ni la portée de ses agissements."

"Rien de concret"

Entre 1998 et 2013, Penelope Fillon a signé trois contrats d'assistante parlementaire avec son député de mari et le suppléant de celui-ci dans la Sarthe, Marc Joulaud. Des contrats sans "aucune consistance" qui ne répondaient à "aucun besoin". Elle "n'a jamais effectué de réelles prestations de travail. Rien qui aurait pu justifier les montants perçus". "Rien de concret" n'a été démontré qu'elle avait un rôle dans le traitement des dossiers, l'élaboration de l'agenda. La contribution de Madame Fillon ne dépassait pas la transmission physique du courrier, la présence à quelques manifestations locales." Pour ce qui apparaît plus comme un "soutien apporté à la carrière de son époux", elle a touché un salaire "sans proportion avec ses activités", sans avoir "le rôle qui lui a été prêté"

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La peine de François Fillon n'est pas aménageable, mais en l'absence de mandat de dépôt, ce retraité de la politique restera libre jusqu'à son procès en appel. Son avocat, Antonin Lévy, a estimé à la sortie de la 32e chambre que cette décision "n'est pas juste", ajoutant : "Nous sommes depuis quelques jours en train de comprendre les conditions ubuesques dans lesquelles cette enquête a été ouverte."