Une plainte de plus pour Jérôme Rodrigues. L'une des figures des gilets jaunes a décidé de saisir la justice, cette fois-ci après une garde à vue qu'il juge abusive.

L'affaire remonte au 14 juillet 2019. Le quadragénaire se rend alors sur l'avenue des Champs Elysées à Paris, interdite aux manifestations de gilets jaunes, pour "assister au défilé annuel", selon la plainte que L'Express a pu consulter. Contrôlé trois fois ce jour-là, il est finalement évacué par les forces de l'ordre. Vers 9 heures, après une nouvelle tentative de circuler sur les lieux, il est cette fois-ci interpellé et placé en garde à vue pour "organisation d'une manifestation interdite". Après quelques heures de retenue, il ressort finalement libre et sans poursuites.

Identifié comme un "meneur du mouvement"

Dans la plainte déposée auprès du procureur de la République de Paris par son avocat Arié Alimi, le plombier originaire de Picardie dénonce une mesure détournée de ses principes : "la garde à vue n'est pas une mesure préventive" et "n'a pas pour objet d'empêcher l'éventuelle commission d'une infraction". Un argument souvent utilisé par les gilets jaunes arrêtés en amont des mobilisations du samedi. Pour l'étayer, leurs avocats soulignent régulièrement l'écart important entre le nombre de gardes à vue et les poursuites finalement engagées.

Jérôme Rodrigues maintient qu'il s'est rendu sur les Champs "en simple citoyen, curieux de voir le défilé" et qu'il ne disposait d'ailleurs avec lui ni d'un gilet jaune, ni d'une banderole. Selon lui, le placement en garde à vue répondait à une autre logique : il a, explique sa plainte, "tout simplement souffert du fait que les forces de l'ordre connaissent son visage, étant identifié comme un 'meneur du mouvement des gilets jaunes' ". D'autres figures historiques de la contestation avaient d'ailleurs subi le même sort ce jour-là, comme Maxime Nicolle.

Touché à l'oeil en janvier

Cette crainte d'être visé pour ce qu'il représente devra également être vérifiée dans le cadre d'une autre procédure. Le 26 janvier 2019, Jérôme Rodrigues avait perdu son oeil droit, touché par un palet de grenade de désencerclement ou un tir de lanceur de balles de défense, alors qu'il filmait la manifestation avec son téléphone. L'enquête confiée à un juge d'instruction est en cours et doit déterminer si, comme il le suppose, Jérôme Rodrigues a été visé par "un acte délibéré et organisé", selon les mots de son avocat.

Fin août dernier, l'inspection générale de la police nationale avait été saisie de 313 enquêtes judiciaires "pour des suspicions de violences policières" lors de manifestations des gilets jaunes.