François Fillon n'avait "pas l'intention" de prendre la parole. Mais, au troisième jour de son procès pour détournement de fonds publics, alors que le tribunal s'apprête enfin à entrer dans le vif du sujet, l'ancien Premier ministre s'est finalement levé de son banc, notes à la main. Impassible dans son costume bleu marine, il s'est planté devant la présidente de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris et a assuré au micro qu'il avait décidé de parler, "le parquet [lui] ayant laissé le choix entre la peine de mort et la victimisation".

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Référence à l'audience de la veille où les représentants du parquet national financier (PNF) ont notamment rappelé que le délit pour lequel François Fillon est poursuivi était puni par pendaison sous l'Ancien Régime. Ambiance. Ce jeudi, le prévenu a tenu à saluer "une remarque courageuse" de la présidente du tribunal au sujet de la "présomption d'innocence qui court jusqu'à ce qu'une décision soit prise par la justice".

Son "honneur" à défendre

Une poignée de minutes à peine pour cette déclaration liminaire qui a donné le ton - offensif - des jours à venir: "J'ai déjà été condamné sans appel il y a trois ans par un tribunal médiatique, alimenté par des violations continues du secret de l'instruction. Ma vie et celle de ma famille ont été fouillées dans les moindres recoins avec un objectif clair: m'empêcher de concourir dans des circonstances normales à l'élection présidentielle."

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Les "dégâts", affirme-t-il, sont "irréparables": élection présidentielle perdue, comme la "place du courant de pensée" qu'il représentait. Et "quelle que soit la décision que vous prendrez à la fin, rien n'y changera". Alors, l'homme politique déchu assure qu'il lui reste son "honneur" à défendre, comme celui de sa femme Penelope Fillon et de Marc Joulaud, son ancien lieutenant, lui aussi poursuivi par la justice.

Et de formuler un souhait: "que les prochains jours permettent de faire éclater la vérité", notamment sur le "travail essentiel accompli" par son épouse, au coeur de ce procès médiatique d'emplois présumés fictifs. Au soir de sa défaite du premier tour de l'élection présidentielle, en 2017, François Fillon promettait déjà que la "vérité" de ce scrutin serait écrite "le moment venu".

Feuille de papier repliée et rangée dans sa poche, François Fillon a repris sa place ce jeudi à la gauche de Pénélope Fillon et de Marc Joulaud. Eux n'ont pas souhaité prendre la parole avant la lecture des rapports d'enquête. Les interrogatoires vont pouvoir commencer...