D'un hôtel l'autre. D'un jugement l'autre. Le 10 décembre 2012, l'"affaire du Sofitel" s'est soldée par une transaction financière seize mois après que le parquet de New York eut renoncé à poursuivre pénalement Dominique Strauss-Kahn. L'ex-patron du Fonds monétaire international (FMI) a mis ainsi un terme aux risques de condamnation au civil en trouvant un accord avec Nafissatou Diallo. DSK n'a plus de comptes à rendre. Du moins à la justice américaine...

En France, au contraire, la perspective d'un procès public se précise dans le dossier de l'hôtel Carlton de Lille (Nord). Le 19 décembre dernier, la cour d'appel de Douai a confirmé la mise en examen de DSK pour proxénétisme en bande organisée. L'audience pourrait se tenir au début de 2014. Dans le box, l'ancien ténor socialiste se trouverait alors aux côtés de huit autres mis en examen.

"On confond Code pénal et code moral"

Jusqu'ici, ce dernier a traversé les ondées judiciaires et les grains politiques. Souvent accusé, jamais condamné. Des soupçons de recel d'abus de biens sociaux dans l'affaire Elf aux dénonciations de harcèlement à l'encontre d'une employée du FMI ou d'agression sexuelle sur la journaliste Tristane Banon, en passant par une mise en examen pour faux dans le dossier de la Mnef, il a bénéficié de non-lieu, de relaxe ou d'absence de poursuites. Mais, depuis le mois de mars 2011, trois magistrats lillois, dont deux femmes, mènent des investigations poussées sur un réseau de proxénétisme à l'hôtel Carlton. Ils ont ainsi découvert que des soirées privées étaient organisées, en France et à l'étranger, pour un client particulier: DSK.

L'enquête, qui a débuté sur la foi d'un renseignement anonyme, a établi que des "filles" d'un proxénète belge surnommé "Dodo la Saumure" et d'autres call-girls avaient rencontré Dominique Strauss-Kahn, à Paris, dans un restaurant, un hôtel et un appartement, le tout en fonction de l'agenda du patron du FMI. Trois voyages à Washington, en janvier et décembre 2010, puis en mai 2011, sont également recensés. Le défraiement des jeunes femmes, les déplacements des participants et la location des chambres étaient supportés par plusieurs chefs d'entreprise de la région lilloise, à hauteur de 50 000 euros pour l'un d'eux, spécialisé dans le BTP. Un commissaire de haut rang, patron de la sûreté de Lille, participait à ces virées "canailles".

Les juges d'instruction devraient maintenant organiser des confrontations pour définir le rôle de chacun. Dominique Strauss-Kahn maintient qu'il n'a fait que participer à des soirées libertines, entre adultes consentants. Ses avocats ont d'ailleurs obtenu l'abandon d'une poursuite pour viol à l'encontre d'une prostituée. "On confond Code pénal et code moral", dénonce l'un de ses conseils, Me Richard Malka, soutenant que, juridiquement, l'accusation ne tient pas.

Lors de l'audience, les magistrats du siège devront répondre à trois interrogations. DSK pouvait-il ignorer que ces femmes étaient rémunérées? N'était-il qu'un simple client, une situation non condamnable par la loi? Ou a-t-il joué un rôle d'organisateur qui l'assimilerait à un proxénète? Les prostituées, qui seront entendues comme simples témoins, détiennent une partie de la réponse.

> L'Express vous résume l'affaire du Carlton de Lille en moins de trois minutes