A quelques jours d'un délibéré très attendu, un nouveau coup de tonnerre est venu frapper une affaire Fillon déjà riche en rebondissements. L'ancienne cheffe du parquet national financier (PNF) Eliane Houlette a déclaré avoir subi des "pressions" de sa hiérarchie dans la conduite de l'enquête sur l'affaire Fillon, lors d'une audition de la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice.

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Des déclarations qui ont eu l'effet d'une bombe, provoquant réactions politiques, démenti et même l'intervention d'Emmanuel Macron. L'Express revient en cinq actes sur le retour sur le devant de la scène de l'affaire Fillon.

Une audition presque passée inaperçue

Entendue le 10 juin par la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, Eliane Houlette a réaffirmé avoir décidé, en janvier 2017, en toute indépendance d'ouvrir une enquête visant les époux Fillon après des soupçons d'emplois fictifs révélés par le Canard Enchaîné. Lors de son audition, dont les détails ont été révélés par Le Point, l'ancienne cheffe du parquet national financier s'est en revanche émue du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations.

"Le plus difficile (...) a été de gérer en même temps la pression des journalistes, mais ça on peut s'en dégager(...), et surtout la pression du parquet général", a déclaré l'ex-procureure, partie à la retraite en juin 2019. Eliane Houlette a notamment évoqué "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et a révélé avoir été convoquée par le parquet général qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction.

Une partie de la classe politique indignée

Plusieurs responsables politiques ont par la suite crié au scandale. Le parti Les Républicains, qui a souvent dénoncé une "instrumentalisation" de la justice dans l'affaire Fillon, a évoqué des accusations "extrêmement graves". Tous deux visés par des enquêtes du PNF, le Rassemblement national et La France insoumise ont, eux, vu dans ces "pressions" la preuve d'une justice aux ordres.

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"L'ex-chef du pôle financier avoue avoir agi sous pression dans l'affaire Fillon. Responsable ? La chef du parquet qui a ordonné les perquisitions odieuses contre LFI. La vérité est en chemin", a tweeté Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis. "Et dire que lorsque nous dénonçons l'instrumentalisation de la justice, certains nous traitent de complotistes... La vérité éclate et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", a commenté Marine Le Pen sur Twitter.

Rétropédalage d'Eliane Houlette

Face à l'ampleur qu'ont pris ses déclarations, Eliane Houlette a tenté un début de rétropédalage. Elle a "regretté" vendredi la déformation ses propos tenus le 10 juin aient été "déformés ou mal compris".

Eliane Houlette "tient à ce qu'il soit bien compris que M. Fillon n'a pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif", selon une déclaration transmise par son avocat Me Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Le démenti de la procureure générale de Paris

La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, a réfuté vendredi toute "pression de quelque nature que ce soit" dans l'affaire Fillon après des propos de l'ex-cheffe du parquet national financier Eliane Houlette qui ont suscité des accusations d'"instrumentalisation" de la justice.

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Catherine Champrenault "déplore que ce qui relève du fonctionnement interne et habituel du ministère public puisse être présenté comme des pressions de quelque nature que ce soit sur la conduite judiciaire du dossier" Fillon, affirme un communiqué du parquet général de Paris, après des propos de Mme Houlette évoquant des "pressions" de sa hiérarchie, d'ordre "procédural".

L'intervention d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a lui aussi décidé de prendre position. Le président de la République a demandé vendredi soir au Conseil supérieur de la magistrature de vérifier que le parquet national financier (PNF) a bien mené en "toute sérénité, sans pression" de l'exécutif son enquête sur les époux Fillon pendant la campagne présidentielle de 2017.

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Le chef de l'Etat est intervenu, explique l'Elysée, au vu de "l'émoi" suscité par des déclarations de l'ancienne cheffe du PNF qui a dit avoir mené une enquête sous la "pression" du parquet général, son autorité de tutelle.