C'est une promotion qui ne passe pas. En février dernier, Geneviève et Florencio Duron, un couple de retraités, perdaient la vie lors d'un accident de voiture, provoqué par un gendarme ivre. L'homme venait de passer une journée arrosée entre collègues : malgré son ivresse flagrante, ces derniers ne l'avaient ni retenu de prendre le volant, ni offert de le raccompagner. À ses côtés, un deuxième gendarme ivre a été complice de l'accident. Cinq mois après les faits, il vient d'être promu lieutenant.

"Je trouve particulièrement choquante cette nomination au grade de lieutenant de gendarmerie d'une personne qui a accompagné durant tout un après-midi dans sa consommation d'alcool le chauffard responsable du décès de mes parents", déplore au micro de RTL Céline Duron, l'une des trois enfants du couple. "Et qui non seulement l'a laissé repartir en voiture avec 2,54 grammes d'alcool dans le sang, donc proche du coma éthylique, mais l'a surtout accompagné dans cette voiture en tant que passager jusqu'au moment où elle est venue percuter et broyer celle de mes parents", ajoute-t-elle.

"C'est presque risible"

Dès le mois d'avril, la famille Duron avait déposé une plainte pour "homicides involontaires et non-empêchement de délit", rappelle Le Parisien. Les trois enfants du couple mettaient alors en cause la responsabilité des quatre gendarmes présents lors de la "beuverie". "Ils ont laissé partir une bombe à retardement", considèrent les proches des victimes, qui ont également saisi le doyen des juges d'instruction de Grenoble le 19 août dernier.

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"Il s'agit d'un officier de gendarmerie qui va se voir confier des fonctions d'encadrement, de commandement. Avec, entre autres, des missions de sécurité routière. Lorsqu'on a vu son comportement le jour de l'accident, cela est presque risible, surréaliste", confie Céline Duron au Parisien. La fille de Geneviève et Florencio a appris cette promotion par hasard sur Internet, et s'indigne de cette décision. "J'aimerais donc poser une question au directeur général de la gendarmerie nationale, le général d'armée Richard Lizurey : "Ne doit-il pas être question d'exemplarité lorsqu'il s'agit de nommer des officiers de gendarmerie ?"

Une promotion "automatique"

Du côté de la gendarmerie, la réponse est simple : le gendarme en question aurait bénéficié d'une promotion automatique à sa sortie de l'école des officiers de Melun, relate RTL. Pourtant, le gendarme avait été sanctionné à l'époque des faits, recevant un blâme de la part du ministre.

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Un argument non recevable pour la famille des victimes : "Cela reste la reconnaissance d'une évolution dans la carrière de ce gendarme. Pourquoi un tel avancement n'est-il pas suspendu dans un tel contexte ? Sachant qu'il existe aussi dans l'arsenal des sanctions applicables aux militaires la radiation du tableau d'avancement", regrette Céline Duron. Un autre gendarme, présent le jour des faits, a également été nommé au grade de lieutenant le 26 juillet dernier, précise Le Parisien.