Certains pédophiles, naguère amateurs de séjours en Thaïlande ou aux Philippines, ont trouvé un moyen d'assouvir leurs pulsions perverses sans quitter le confort et l'anonymat de leur salon. En quelques clics sur des sites dissimulés dans l'ombre du dark web, l'internet clandestin, ils passent commande auprès de leur interlocuteur: âge, sexe, apparence physique de la petite victime, et actes devant lui être infligés -agressions sexuelles, viols et même torture. Des actes que le cyber-commanditaire visionnera en direct, par webcams interposées, moyennant 15 à 100 dollars.
Cette pédo-criminalité en live-streaming, en plein essor, s'est invitée cette année dans le rapport 2018-2019 de Tracfin, la cellule chargée de la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme au ministère de l'Economie et des Finances. Dévoilé ce mardi 10 décembre, le document évoque "un phénomène grandissant et alarmant qui suscite la mobilisation de Tracfin [...] En phase d'expansion depuis le début des années 2010 dans certains pays d'Asie du Sud-Est réputés pour héberger des réseaux criminels mafieux, l'exploitation sexuelle de populations mineures a été initiée par des structures criminelles locales".
Des vidéos d'abus sexuels pour 15 à 50 euros
Fidèle à sa mission, le service s'efforce de "détecter les flux financiers en lien avec des prestations de pédopornographie payées en ligne". Pas simple. En effet, les montants en jeu sont modestes, les moyens de règlement en ligne des prestations, variés -plateformes de paiement numérique, crypto-actifs, opérateurs de transmission de fonds. L'équipe de Bercy travaille en étroite collaboration avec les Cellules de renseignement financier (CRF), ses homologues à l'étranger. "Elles possèdent la connaissance, sur place, des implantations des réseaux criminels permettant de raccrocher les flux financiers à l'exploitation sexuelle de populations mineures", précise son rapport.
Exemple type d'affaire: le cas de Monsieur X qui, en l'espace de trois ans, a envoyé 2000 euros à plusieurs bénéficiaires établis dans un pays d'Asie du Sud-Est. Renseignement pris auprès du Tracfin local, au moins l'un d'eux est impliqué dans un réseau de pédopornographie touchant une vingtaine d'enfants d'une dizaine d'années. Les autres destinataires des fonds habitent des villes où des coups de filet policiers ont permis le démantèlement de filières d'exploitation de mineurs, dont l'une spécialisée dans le tournage de vidéos d'abus sexuels. Les clients pouvaient les visionner, en ligne et en direct, pour 15 à 50 euros.
Autre élément précieux pour l'enquête judiciaire, l'étude des comptes bancaires de l'homme révèle d'importantes dépenses par carte bancaire (plus de 300 euros par mois) à des prestataires de services de paiement servant d'intermédiaires pour des sites de pornographie via webcam.
"Tracfin traite, depuis 2018, de nombreux cas similaires", souligne le rapport. Les experts de Bercy le savent, ils n'en ont pas fini avec cette forme de pédopornographie 2.0.
