A la barre, Penelope Fillon ne "sai[t] pas", ne "pourrai[t] pas répondre", a "oublié". Celui qui sait, c'est "[s]on mari", François Fillon, assis à quelques mètres derrière elle. Lui qui fixait sa rémunération, ses augmentations ou baisses de salaires, remplissait les détails des contrats. Au troisième jour du procès pour détournement de fonds publics, l'épouse de l'ex-Premier ministre a été interrogée dans la douleur. Elle répond d'un filet de voix, marqué par un léger accent britannique.

Tout du long de son interrogatoire, Penelope Fillon a tenté de justifier de la réalité de l'emploi d'assistante parlementaire de son époux, député de la Sarthe, pendant plus de 30 ans. Un point crucial qui vaut au couple, et au suppléant Marc Joulaud, d'être renvoyé devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

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Sur le fond, son rôle consistait à "faire le relais avec les habitants", "partie locale" du travail de député que François Fillon lui "demandait de faire". Elle organisait dans la Sarthe le secrétariat de son député de mari, recevait "beaucoup de courriers", faisait des "petites revues de presse" et des "rapports écrits", documents qui n'ont pas été retrouvés pendant l'instruction. C'était "différentes façons de l'aider".

"Exercice délicat"

Madame travaillait donc sans horaires précis, "libre de faire comme [elle] voulait", ne posait pas de congés pas plus qu'elle n'a pris de congés maternités. Souvent, Penelope Fillon peine à s'expliquer et renvoie vers François Fillon. "Je ne m'occupais pas des détails administratifs de mes contrats." "C'était mon mari", répète-t-elle. Sur les questions précises, les réponses restent floues, certaines phrases en suspens. "C'était dans les années 1980", se défend-elle difficilement. Elle qui, en 2007, dans une interview accordée au Sunday Telegraph exhumée dix ans plus tard, avait déclaré: "Je n'ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre-là." Aujourd'hui, elle rétorque avoir toujours travaillé "en retrait", en observant les gens, en étant à l'écoute.

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Le parquet, lui, se "réjouit" de la voir à la barre, "compatit" même tant cet "exercice" semble "délicat" pour elle. Avant de tacler la "fameuse amnésie sur les contrats passés", un "black out" même. Et de rappeler l'oubli de quatre ans de contrats de travail devant les enquêteurs. "Je ne pense pas que dans cette salle, il y ait beaucoup de personnes qui ont travaillé pendant quatre ans et qui ont oublié", lui lance l'un des deux procureurs. Cinglant. "Pour organiser le secrétariat de votre mari vous avez touché neuf fois le Smic", lui rappelle-t-on.

"Pas un seul discours qui n'ait pas été relu par Penelope"

En fin d'après-midi ce jeudi, c'est au tour de François Fillon de s'expliquer. Et l'homme politique déchu est bien plus prolixe que son épouse sur les mêmes questions. Il semble bien plus maîtriser le sujet du travail d'assistante parlementaire que la principale intéressée. "Il s'agissait de superviser mon agenda, regarder quelles étaient les invitations, si elles étaient cohérentes avec le reste de mes activités", mais aussi de gérer le courrier parlementaire et la "masse considérable de demande d'interventions".

La troisième tâche demandée consistait à "être présente sur le terrain auprès des associations et des structures locales" pour ensuite lui donner des "informations précises". Surtout, François Fillon clame ne pas avoir prononcé "un seul discours dans [sa] carrière politique qui n'ait pas été relu par Penelope". Elle corrige les fautes d'orthographe, donne son avis "par rapport à ce qu'elle ressent du terrain". Il n'existe pas d'archives, elles auraient été détruites faute de moyens et de place, dit-il. Oubliant qu'une masse d'archives a été découverte en perquisition... portant sur toute la vie politique et administrative du couple. Excepté le travail parlementaire de Madame.

Interrogé sur sa rémunération, François Fillon, sur la défensive, a rappelé: "la rémunération de mes collaborateurs, c'est moi qui la fixe en fonction des règles de l'Assemblée nationale. Je n'ai de comptes à rendre à personne."