Il s'est fait discret ces dernières années mais n'échappera pas à l'emballement médiatique de son procès. Alexandre Benalla est jugé à partir de ce lundi à Paris, pour avoir brutalisé un couple lors des manifestations du 1er mai 2018, et pour avoir utilisé des passeports diplomatiques. Visé par six enquêtes judiciaires, dont une classée sans suite, il répond notamment à partir de ce lundi de "violences volontaires en réunion" et "immixtion sans titre dans l'exercice d'une fonction publique". A ses côtés, trois autres prévenus sont également présents.

Il s'agit d'une part de l'ex-employé d'En Marche Vincent Crase, 48 ans, qui sera jugé sur ses agissements place de la Contrescarpe et au Jardin des plantes contre trois manifestants. Deux fonctionnaires de la préfecture de police de Paris seront quant à eux jugés pour avoir transmis, juste après l'explosion de l'affaire, des images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla.

Vincent Crase, l'acolyte d'Alexandre Benalla

Vincent Crase, gendarme réserviste et ancien employé de La République en marche, était présent avec Alexandre Benalla place de la Contrescarpe. Ce proche d'Alexandre Benalla a commencé en 1996 comme officier de réserve dans l'armée de l'air, puis est entré à la gendarmerie nationale en 2009, avant d'être finalement promu en 2013 au grade de chef d'escadron de réserve. En 2016, il intègre les bureaux d'En marche !, puis, quand Emmanuel Macron s'installe à l'Elysée, il est chargé de superviser un groupe de réservistes.

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Vincent Crase, marié et père de trois enfants, est décrit par un ancien collègue comme un passionné de gendarmerie qui "donnait l'impression de ne pas avoir de job à côté", rapporte Le Monde. Il a publié un ouvrage en 2019, Présumé coupable (Plon) dans lequel il témoigne sur l'affaire. Une "histoire ridicule", selon lui. Rétrospectivement, il admet qu'il aurait "dû laisser faire les CRS" lors de la manifestation du 1er-Mai mais "on a eu le sentiment de se faire agresser", s'était-il justifié auprès du Parisien. Pour sa défense, Vincent Crase invoque une disposition du code de procédure pénale autorisant, dans certaines circonstances, un citoyen à appréhender l'auteur d'un "délit flagrant".

Interrogé sur sa relation avec l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron, Vincent Crase, qui était sous les ordres d'Alexandre Benalla, dit aussi avoir toujours été "l'élément temporisateur du duo". Au contraire, il présente son "ami" comme "attiré par les objets du pouvoir. C'est un petit gars qui vient de nulle part, avec une enfance compliquée. Il a parfois une maturité extrême. Et parfois, c'est encore un gamin dans sa tête", assure-t-il.

Deux fonctionnaires de police

En juillet 2018, à la suite de l'éclatement de l'affaire, trois fonctionnaires de police ont été suspendus puis placés en garde à vue. Un commissaire, un commandant et un contrôleur général. Maxence Creusat, Jean-Yves Hunault et Laurent Simonin étaient soupçonnés d'avoir copié des extraits d'images de caméras de vidéosurveillance, qui appartiennent à la préfecture de police de Paris et de les avoir transmis à Alexandre Benalla.

Deux d'entre eux seront finalement jugés. Celui qui a remis le CD-Rom à Benalla, Jean-Yves Hunault, un policier en charge des relations entre la PP et l'Élysée, a en revanche bénéficié d'un non-lieu.

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Maxence Creusat et Laurent Simonin comparaissent donc pour avoir transmis, le soir de la publication de l'article du Monde en 2018, des images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla, afin de l'aider à se défendre.

Le commissaire Maxence Creusat - désormais commissaire à Thionville - a signalé les faits le lendemain, reconnaissant une "connerie", comme son supérieur Laurent Simonin. La juge d'instruction a cependant estimé qu'ils ne "pouvaient ignorer" que ces images ne devaient pas être remises à des tiers. Ils sont renvoyés pour "détournement de la finalité d'un système de vidéo-protection", "divulgation à une personne non habilitée" et "violation du secret professionnel".

En juin, Laurent Simonin a été promu par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, au grade de commissaire général, le plus haut du corps des commissaires. "Ce sont ses qualités professionnelles et ses résultats qui ont été pris en compte pour le promouvoir, indépendamment de la procédure en cours", a expliqué le ministère de l'Intérieur.