Chaque année, le constat est toujours inquiétant. Les comportements et actes LGBTphobes restent nombreux en France d'après le dernier rapport de SOS Homophobie, publié ce lundi, à l'occasion de la journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie. Il met en lumière une année particulièrement difficile, placée sous le signe de la pandémie et donc des restrictions sanitaires qui ont pu isoler des personnes déjà en difficulté.
Ces restrictions sanitaires et fermetures "ont eu une incidence importante sur les actes LGBTIphobes, laissant peu d'échappatoires aux victimes de violences, note le rapport. La réduction des interactions sociales a également développé un fort sentiment de mal-être et de repli sur soi, accentuant la vulnérabilité des personnes LGBTI".
Ce rapport n'est pas exhaustif et s'appuie sur les 1815 témoignages volontaires reçus par l'association, du 1er janvier au 31 décembre 2020. SOS Homophobie précise que certaines catégories de personnes vont plus facilement faire appel aux bénévoles : "Les hommes cis [personnes se reconnaissant dans le genre qui leur a été assigné à la naissance] sont plus enclins à s'exprimer et à se tourner vers SOS homophobie pour dénoncer ce qu'ils ont subi, ce qui explique leur surreprésentation, là où les femmes et les personnes trans auraient pour une partie tendance à se tourner vers d'autres associations spécialisées, voire à s'autocensurer".
Les agressions physiques en augmentation dans l'entourage proche
Parmi ces témoignages, 164 portent sur des agressions physiques envers des personnes LGBT, contre 237 l'an dernier. Si les agressions dans les espaces publics restent majoritaires (36%), du fait de la pandémie, "les proportions des signalements dans le cadre du voisinage et dans celui de la famille ou de l'entourage proche se sont considérablement accrues", note le rapport. En revanche, les agressions au travail ou dans les espaces publics ont, eux, diminué.

Les contextes d'agressions LGBTphobes.
© / L'Express
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L'association souligne par ailleurs que l'âge des victimes a lui aussi évolué avec une proportion de signalement par des mineurs qui est passée de 6% en 2019 à plus de 20% en 2020.
Rejet, harcèlement et menaces
En ce qui concerne les comportements à caractère lesbophobe, 215 cas ont été rapportés cette année. Deux tendances se dégagent des témoignages recueillis : les femmes lesbiennes sont davantage stigmatisées lorsqu'elles sont en couple et les violences lesbophobes dans les lieux publics concernent des couples dans 68% des cas.
Par ailleurs, ces discriminations et violences ont principalement eu lieu dans le cadre familial, sur Internet et dans les lieux publics. Elles se caractérisent le plus souvent par du rejet, des insultes, du harcèlement, ou encore des agressions physiques et/ou sexuelles.
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Sylvie, 41 ans, raconte à SOS Homophobie les viols et agressions sexuelles dont elle a été victime. Parmi les sévices subis, une mutilation du clitoris par plusieurs hommes de son quartier, parce qu'elle est lesbienne. Alors qu'elle fait face à des séquelles physiques et psychologiques importantes, comme un saignement vaginal régulier, un bras cassé, ses agresseurs continuent de la harceler et de la menacer. "On va aller la remplir à nouveau !" ou encore "On va la faire éclater de sperme", lancent-ils lorsqu'ils passent devant chez elle. Par ailleurs, la police a refusé de prendre sa plainte malgré son certificat médical, et a déclaré devant elle : "La lesbienne, elle est morte", rapporte encore l'association.
Cette année, le rapport de SOS Homophobie concernant les agressions et comportements à caractère gayphobes, note une particularité. En s'appuyant sur les 806 signalements reçus, l'association remarque ainsi que l'orientation sexuelle de la personne "n'est pas la cause de l'agression" mais elle devient un "point faible" au cours d'une altercation ou d'une dispute. "Plusieurs témoignages commencent ainsi par des disputes entre inconnu·es au sujet du port du masque et finissent par des insultes homophobes", illustre le rapport.
Comme pour les lesbiennes, les comportements gayphobes se caractérisent le plus souvent par du rejet, du harcèlement, des menaces et des agressions physiques et de la discrimination.
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Les personnes bies aussi visées
Pendant l'année écoulée, SOS homophobie a recensé 73 cas concernant la biphobie, à savoir des personnes attaquées en raison de leur orientation sexuelle bie. Cela représente 5% des situations recueillies par l'association, un chiffre stable par rapport à l'ensemble des témoignages.
Les principales victimes d'agressions à caractère biphobe répertoriées sont les hommes cisgenre. Mais comme précisé plus haut, ils font partie des catégories de personnes qui vont plus facilement faire appel aux bénévoles de SOS Homophobie, et peuvent donc être surreprésentés par rapport aux autres victimes.
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Selon le rapport, le mal-être des personnes bies est particulièrement important dans les témoignages reçus cette année et est régulièrement associé à des interrogations chez les plus jeunes concernant leur sexualité.
Femmes trans, premières victimes des agressions transphobes
En 2020, SOS Homophobie a recueilli 168 signalements d'actes transphobes. L'année s'est révélée particulièrement difficile pour les jeunes, précise le rapport, puisque deux cas de transphobie sur cinq ont été rapportés par des personnes de moins de 25 ans (20% des cas l'ont été par des mineurs, contre 6% en 2019).
Et si les femmes trans affichent la plus large proportion d'actes transphobes, les agressions envers les personnes non binaires ont augmenté cette année avec 9 % de manifestations transphobes, contre 5 % en 2019.
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Les LGBTphobies à l'international
SOS Homophobie a aussi reçu des appels de l'étranger. Des "témoignages très durs", précise le rapport. Dans ces signalements, il est surtout question de rejet mais aussi de menaces, beaucoup de cas d'agressions physiques et des violences sexuelles.
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L'association a surtout été sollicitée par des personnes originaires du Maghreb, d'Afrique et d'Europe de l'Ouest. La majorité des personnes sont des hommes et témoignent de comportement gayphobes.
