"Ne jugez pas un livre à sa couverture, venez plutôt discuter avec", tel est la devise de la "Human Library", "bibliothèque humaine" en français. Aucun livre concret, l'image de la bibliothèque relève simplement de la symbolique. Ici, ce sont des personnes, surnommées par l'organisation "les livres humains", qui se muent en conteur d'un jour et racontent leur histoire dans de mini-conférences.
Ce concept danois fête ses quinze ans cette année, et plus de 70 pays ont déjà accueilli la bibliothèque humaine. En France, après Tours, Limoges et Strasbourg, c'est Toulouse qui se lancera pour la deuxième fois dans l'aventure.
"Le but est de libérer la parole et de faciliter les échanges entre des individus qui ne se seraient sans doute jamais rencontrés ou parlés et ainsi combattre les stéréotypes et les clichés" explique Phyllis Fouchard, organisatrice de Human Library à Toulouse en partenariat avec le Collectif Job.
"Noir et fier de l'être", "Dyslexique", "Ex taulard et toxico"...
Concrètement, à chaque Human Library, des "livres humains" peuvent être empruntés par des visiteurs qui souhaitent écouter son histoire. Autiste, réfugié, victime de violences conjugales... les différents parcours offrent un regard neuf et authentique sur l'expérience du livre. Chaque emprunt dure environ 30 minutes et ne réunit qu'un petit groupe de lecteurs, dix maximum. En fin de session, chacun est libre d'interroger le témoin sur son histoire.
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"Lors de notre dernier événement, en novembre 2016, nous avions une douzaine de livres humains à emprunter avec des thèmes comme "Etudiant sans papiers", "Noir et fier de l'être", "Dyslexique" ou encore "Ex-taulard et toxico". Ce fut un véritable succès", se félicite Phyllis Fouchard qui recense une centaine de participants pour cette première édition.
"Je me souviens notamment d'une femme qui, après avoir emprunté notre livre humain "Musulmane" est venue me confier qu'elle réalisait que sa vision de l'Islam était fausse et basée sur des stéréotypes malsains" raconte-t-elle.
Des pressions en Russie et à Singapour
Mais l'initiative, si belle soit-elle, ne plaît pas à tout le monde. En septembre dernier, à Saint-Pétersbourg (Russie), la bibliothèque humaine a dû faire face aux intimidations des autorités. En cause? La présence parmi les livres à emprunter d'un jeune homme homosexuel désireux de raconter son histoire. Autre exemple, à Singapour où la peine de mort est toujours en vigueur mais où une avocate opposée à la peine capitale à braver les pressions pour prendre la parole le 5 mars dernier, comme le rapporte RFI.
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"Ce genre de censure est dramatique, c'est tout l'inverse de la philosophie Human Library. La bibliothèque humaine véhicule au contraire des valeurs de partage, de solidarité, de sincérité, d'humanisme", se désole Phyllis Fouchard qui compte développer un réseau de discussion avec les lycées, festivals et bibliothèques de la région. Une autre session de la Human Library est d'ailleurs programmée pour le 28 avril prochain à Toulouse et de nouveaux événements devraient s'organiser dans d'autres villes de France pour l'année à venir.
