Le pays gascon est sur des charbons ardents. De l'Adour à la Chalosse, les amoureux de la course landaise, cette forme de tauromachie qui laisse la vie sauve aux vaches, sont mobilisés pour défendre leur passion.
Depuis le 1er janvier 2020, c'en est fini du régime dérogatoire dont bénéficiait depuis des lustres ce sport pratiqué par quelque 160 "écarteurs" (les artistes de l'esquive face à la bête) et "sauteurs" (les as de l'envolée au-dessus de l'échine) : tous doivent acquitter les mêmes cotisations sociales que les athlètes des autres fédérations sportives.

Kévin Ribeiro, sacré champion de France 2019 des sauteurs
© / Cyrille VIDAL
Mais le petit monde "coursayre" (les amateurs de la discipline) crie à l'hérésie. Car la course landaise n'est pas une activité sportive comme les autres. "C'est un art, une culture, le coeur de la fête, le ferment du lien social, de l'harmonie intergénérationnelle et de l'intégration des néoruraux", s'enflamme Francis Poustis, retraité et rédacteur du magazine La Cazérienne, du nom de l'hymne qui résonne dans les arènes gasconnes lors des compétitions. Plus prosaïquement, les comités d'organisation des courses, qui s'appuient largement sur la bonne volonté des bénévoles, ne dégageraient pas de profit.
Pas de vachettes pour la version 2020 d'Intervilles
Après la constitution d'un Collectif pour la survie de la course landaise, trois mois de grève des "cuadrillas" (les équipes), plusieurs manifestations et un putsch dirigé contre le président de la Fédération française de la course landaise, les "coursayres" ont arraché un répit : ils ont jusqu'à l'été pour imaginer un compromis qui satisfasse tout le monde.
Comme si cela ne suffisait pas, les toreros gascons doivent se battre sur un second front : celui ouvert par les anti-corridas et autres défenseurs du bien-être animal. Au nom de cette cause, l'émission culte Intervilles, qui doit faire son retour sur France 2 cette année, bannira de son casting les vachettes landaises, naguère vedettes de ce jeu télévisé. Inique, selon les Gascons. "Nos vaches sont traitées comme des stars, plaide Francis Poustis. On ne les abat pas. Après une carrière d'une dizaine d'années, elles prennent leur retraite dans les champs de leur 'ganaderia' (élevage)". Chaque 14 juillet, à Nogaro, dans le Gers, la plus valeureuse est sacrée "corne d'or", le césar des bovins.
