Cathy, de la Rochelle, propose des repas chauds, des sandwichs et deux lits pour coucher chez elle mercredi soir ou jeudi matin. Jules prévoit pour "ceux qui montent du sud et ou de l'Espagne" "un bon accueil" avec "du pain du beurre, du café, des toilettes sèches abritées, des outils et de l'entretien pour le véhicule". Ils ont rejoint le groupe "Le convoi de la liberté secours", mercredi. Comme eux, sur des dizaines de groupes de la sorte, des Français de toutes origines proposent leur aide depuis plusieurs jours pour faire converger des convois de manifestants antivax vers Paris puis Bruxelles. Que ce soit sur Facebook, en se relayant sur Twitter ou en communiquant via des boucles de messagerie cryptée, les antivax français se mobilisent en s'inspirant du mouvement canadien "Freedom Convoy".

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Dimanche, des milliers de personnes se sont rassemblées à Ottawa, au Canada, afin de protester contre les mesures de restrictions sanitaires pesant sur les non-vaccinés. Initié par des camionneurs s'opposant à l'obligation vaccinale pour traverser la frontière terrestre canado-américaine, le mouvement est parti de Vancouver, à l'Ouest, le 23 février. Le convoi de camions a parcouru 4 400 kilomètres pour rejoindre la capitale et a immobilisé l'agglomération une bonne partie du week-end. Certains blocages se poursuivent. Les images de la foule s'emparant des rues de la capitale ont rapidement dépassé les frontières nord-américaines et nourrissent désormais le rêve des antivax français d'une convergence des luttes anti-passe sanitaire à travers le monde.

Mouvement planétaire

Lundi, un mouvement antivax australien inspiré du convoi de la liberté se rapprochait du Parlement fédéral de Canberra, mégaphones et pancartes à la main. Les images ont été relayées bon train par des personnalités de la galaxie complotiste française et le projet d'un rassemblement prend de l'ampleur. Le président des Patriotes et figure politique du combat antivax, Florian Philippot a prophétisé une déferlante sur Twitter : "Il semble bien que le château de cartes mondial de la corruption ait commencé de s'écrouler, et ça part du Canada ! Trudeau se cache ! La vague va déferler sur la France  !"

Le président du petit parti VIA et soutien d'Eric Zemmour, Jean-Frédéric Poisson a lui aussi affiché son approbation sur le réseau social américain : "Après le Canada, les routiers français et européens se mobilisent. Soutien au #ConvoidelaLiberte ! #TousAParis". En vingt-quatre heures, 40 000 tweets ont utilisé le hashtag #ConvoidelaLiberte, rapportait l'Observatoire de l'influence des radicalités en ligne de Libération. Une aubaine pour les deux politiques qui se sont régulièrement affichés en faveur des manifestations anti-passe sanitaire dont la mobilisation décline depuis plusieurs semaines. Les hérauts des antivax voient là une opportunité à saisir pour relancer une contestation en berne.

"Sortir de cette tyrannie mondiale"

Idriss Aberkane, porte-voix et caution intellectuelle du mouvement, a été l'une des premières figures à donner voix au mouvement du convoi de la liberté. Il motivait ses 172 000 abonnés dès vendredi, avant même la mobilisation canadienne du week-end : "Vous le saviez, vous, qu'un convoi de la liberté allait s'organiser en France ?" Mais la contestation n'a pas attendu le doctorant pour s'organiser. Monté dès le 26 janvier et suivi par près de 150 000 personnes, le groupe Facebook "Le convoi de la liberté" entend faire revivre une mobilisation semblable à celle des Gilets Jaunes. Administrateurs et abonnés s'échangent des clichés de leurs caravanes, drapeaux français accrochés à l'arrière du véhicule, avec des cartes du trajet envisagé. Des plannings et des calendriers complètent la planification.

Une carte partagée sur le groupe Facebook "Le convoi de la liberté" pour organiser la convergence des manifestants vers Paris.

Une carte partagée sur le groupe Facebook "Le convoi de la liberté" pour organiser la convergence des manifestants vers Paris.

© / Capture d'écran groupe Facebook "Les convois de la liberté"

La destination ne fait désormais plus guère de doute, ce sera Bruxelles. Le groupe World Freedom Convoy enchaine l'ouverture de canaux dans diverses langues sur la messagerie cryptée Télégram afin de rassembler les antivax de tous les pays d'Europe au sein de la capitale belge. Se dessine l'opportunité de faire pression sur les institutions européennes et les gouvernements des pays membres les plus influents comme la France ou l'Allemagne. Le but ? Une formule sibylline au carrefour de toutes les colères : "Sortir de cette tyrannie mondiale".

Une manifestation sans les routiers ?

Les différents convois doivent relier Bruxelles le lundi 14 février, avance Libération qui s'est procuré un tract diffusé par World Freedom Convoy. De multiples dates, toutes contradictoires les unes par rapport aux autres, circulent pourtant sur les réseaux sociaux. Une confusion qui n'effraie pas Rémi Monde, l'une des figures du mouvement, qui multiplie les vidéos à l'adresse de sa communauté : "Vous avez tous entendu tout un tas de dates qui circulent, c'est bien normal. A l'approche de chaque grand évènement, une multitude de dates sont lancées pour noyer le poisson. (...) Alors conjointement, en discussion avec plusieurs groupements actifs sur le terrain, nous avons pris la décision de nous rejoindre le 13 février, dans la capitale, à Paris."

Toujours dans son message publié le 30 janvier, le porte-parole autoproclamé du "Convoi de la liberté" revendique une autonomie du mouvement : "Nous comptons que sur nous-mêmes. Ne comptons pas sur les routiers. S'ils nous rejoignent, c'est une bonne chose mais nous savons qu'ils sont pris par leurs syndicats." Rémi Monde insiste sur le pouvoir d'achat, le recul du départ à la retraite et agglomère de nombreuses revendications sociales aux revendications sanitaires. Un positionnement qui se conjugue à l'hétérogénéité des profils sociaux présents sur la myriade de groupes. On retrouve des anciens Gilets Jaunes, des militants d'extrême droite, des complotistes issus du mouvement QAnon, des fans de danse country, des pêcheurs et aussi... des opposants au passe vaccinal.