Après un léger retard à l'allumage, le cannabis médical (ou thérapeutique) débarque en France. Le lancement "officiel" d'une expérimentation votée fin 2019, repoussée de quelques mois, est prévu ce vendredi, au CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), en présence du ministre de la Santé Olivier Véran qui avait suivi le dossier de près en tant que député rapporteur du budget de la Sécu. La première prescription se déroulera dans le service du Pr Nicolas Authier, président du comité scientifique temporaire sur le cannabis à usage médical.
De quels produits parle-t-on ?
Les médicaments, importés, se trouvent sous forme d'huile ingérée par voie orale (en flacons de solutions buvables) ou de fleurs séchées par inhalation à l'aide d'un vaporisateur. Ils seront disponibles à différents dosages des substances actives - tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD).
À noter que le cannabis à fumer est exclu du protocole. La mise à disposition des fleurs séchées se fera "plutôt au mois de juin" le temps d'avoir le système de vaporisation qui leur est associé, selon Nathalie Richard, directrice du projet Cannabis médical à l'Agence du médicament (ANSM).
Qui peut bénéficier de ce cannabis médical ?
Les patients sont éligibles s'ils souffrent de maladies graves : certaines formes d'épilepsies, de douleurs neuropathiques, d'effets secondaires de la chimiothérapie, de situations de soins palliatifs ou certaines douleurs de la sclérose en plaques. Mais seulement "en cas de soulagement insuffisant ou d'une mauvaise tolérance" avec les traitements déjà existants, selon l'ANSM. Des enfants pourront être inclus, en particulier pour des formes d'épilepsie réfractaires aux traitements ou en cancérologie.
Dans quel cadre se déroule cette expérimentation ?
L'expérimentation durera deux ans et concernera à terme 3000 patients. "Le déploiement effectif se fera à partir de lundi" dans d'autres hôpitaux de référence où des médecins spécialistes (douleur, cancérologie, neurologie, épilepsie, sclérose en plaques, soins palliatifs) se sont déjà formés, indique Nathalie Richard.
La prescription, au départ dans un service hospitalier, se fera sur ordonnance sécurisée (pour 28 jours maximum), comme pour tout stupéfiant parmi lesquels le cannabis, illégal en France, est rangé. Un médecin généraliste, formé et volontaire, peut ensuite prendre le relais.
Le consentement des patients à cet essai, qui permettra de recueillir de premières données françaises sur l'efficacité et la sécurité du cannabis médical, entraîne leur inscription dans un registre de suivi.
Combien d'hôpitaux y participent ?
Quelque 200 centres de référence dans 170 hôpitaux sont impliqués dans l'expérimentation. Une carte permettant d'identifier ces structures effectuant les consultations ainsi que les pathologies concernées sera publiée ce vendredi après-midi, selon l'ANSM.
La première consultation se fera obligatoirement dans un de ces centres de référence, avec des patients déjà suivis dans ces services hospitaliers spécialisés ou bien adressés par leur médecin traitant. La décision d'inclure ou non le patient revient aux médecins des centres de référence.
D'autres pays expérimentent-ils le cannabis médical ?
Une majorité de pays de l'Union européenne autorisent ou expérimentent le cannabis médial, parmi lesquels la Belgique, l'Allemagne ou encore l'Italie, sous différentes conditions. Les Pays-Bas font office de pionniers dans ce domaine, en légalisant son usage dès le début du millénaire. En 2019, le magazine américain de référence Marijuana Business Dailyestimait à 240 millions d'euros le marché légal du cannabis médical en Europe.
Ailleurs, le Canada autorise le cannabis pour le traitement de maladies type cancer ou sida. Une trentaine d'États américains ont également légalisé ces produits. L'Amérique du Sud n'est pas en reste : le Chili, la Colombie, l'Argentine, le Mexique ainsi que le Pérou ont adopté la pratique entre 2015 et 2017.
