Les smartphones seront-ils bientôt capables d'estimer avec précision notre état d'ébriété ou la quantité de joints que nous avons fumée ? Pour le moment, nos joujoux préférés ne jouent pas les mouchards en soirée. A l'avenir cependant, ils pourraient bien compléter voire remplacer les méthodes de dépistage traditionnelles comme les tests salivaires, les analyses d'urine ou de sang. En effet, grâce à leurs capteurs, ils font preuve d'une sensibilité remarquable.

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Les scientifiques s'en sont rendu compte en 2018 en essayant de modéliser le comportement d'une trentaine de gros buveurs ne suivant aucune thérapie. En se basant sur les données recueillies par l'accéléromètre de leur téléphone, mais aussi sur d'autres paramètres comme la durée des conversations ou la vitesse d'écriture des messages, ils sont parvenus à distinguer avec une précision de 90% les phases à risques élevées (celles durant lesquelles les personnes boivent au minimum 4 ou 5 verres) des périodes à risques modérés ou nul. Ces résultats suggèrent qu'une politique de prévention utilisant les informations issues des smartphones est sans doute possible. Celle-ci déclencherait, par exemple, l'appel d'un professionnel lorsqu'une personne souffrant d'alcoolisme s'apprête à rechuter.

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La méthode pourrait d'ailleurs s'appliquer aux consommateurs de cannabis. Dans une étude de 2019, des chercheurs ont évalué avec une précision de 92%, le degré d'intoxication d'une dizaine de patients. Il s'agissait, à l'aide d'un algorithme, de les classer en trois catégories, selon le pourcentage de THC (0%, 3% ou 7,5%) contenu dans les produits consommés. Ici, le gyroscope et l'accéléromètre se sont avérés très utiles. Ils ont permis de modéliser et d'analyser la démarche des participants alors qu'ils effectuaient un aller-retour le long d'une ligne dessinée sur le sol. "Nos travaux montrent qu'en matière de détection, le smartphone fait mieux qu'un test urinaire, mais un peu moins bien qu'un test salivaire", estiment les auteurs de l'étude qui réfléchissent au développement d'une application capable de dire à un conducteur s'il peut - ou non - de prendre le volant.

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Une autre étude, menée sur 57 jeunes amateurs de cannabis, confirme le rôle possible du smartphone dans la détection et la prévention. En combinant les données issues du GPS et de l'accéléromètre avec d'autres informations simples - comme le jour et l'heure - les scientifiques peuvent désormais identifier avec précision les phases durant lesquelles la consommation est significative. Celles-ci se traduisent, par exemple, par des déplacements plus courts et des gestes plus saccadés. "Le cannabis à usage médical ou récréatif est autorisé dans plusieurs États. Mais la consommation de cette substance peut se traduire par des effets néfastes sur les études ou la santé. Par rapport aux techniques de dépistage actuelles, le smartphone possède un double avantage : on le porte sur soi en quasi-permanence et ses capteurs fonctionnent discrètement, sans gêner l'utilisateur", précisent les chercheurs des universités de Rutgers (New Jersey) et Stanford (Californie) ayant mené les travaux. Reste maintenant à mettre en place des règles éthiques afin d'utiliser cet outil à bon escient.